15 novembre 2009
Le bonsaido ... l'art des bonsaï ...
En Chine, dès la dynastie Han (206 avant JC à 220 après) on cultive des arbres en pots - pen jing, littéralement pot et jolie vue - dans un but esthétique.
Ce n'est qu'au VIème siècle que des moines bouddhistes emportent au Japon le pen jing dans leurs bagages, soulignant sa haute valeur symboliques. Il devient bonsaï - plateau-plante en japonais - et connaît de nouveaux raffinements qui font de lui le produit d'un art majeur, le bonsaido, l'art des bonsaïs.
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La technique du bonsaido, qui consiste à faire pousser une plante dans peu de terre et à en brider encore la croissance en taillant et ligaturant branches et racines ainsi qu'en la transplantant à plusieurs reprises, est une véritable discipline, comme la calligraphie, l'ikebana ou la cérémonie du thé, et elle requiert conscience et maîtrise de soi.
Ordinairement, la hauteur d'un bonsaï peut varier de cinq centimètres à un mètre, et il est cultivé dans un récipient, pot ou plat, dont la forme et la taille correspondent à ses dimensions et à sa ramure. La couleur même de ce récipient a son importance, pouvant donner à la plante un air plus ou moins ancien et plus ou moins vivace. La forme du bonsaï est très variable : le tronc peut être droit, penché, tordu, fourchu et la ramure peut s'étendre de manière plus ou moins asymétrique, en cascade, en chute d'eau, etc.
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L'homme du vase est plus humain que celui des ciseaux ; en témoignent son souci de l'eau et du soleil, ses combats contre les parasites, son horreur du gel, son angoisse quand les bourgeons sont en retard.
Okakura Kakuzô
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Photos prises au jardin botanique de Kyoto
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Parallèlement à la culture en pot, les jardiniers japonais ont aussi créé l'équivalent avec des arbres en pleine terre, des bonsaïs grandeur nature si l'on veut.
La connaissance de chaque plante et le respect de ses particularités dans la plus stricte observance sont essentiels à leur réussite ; c'est l'arbre qui pousse, fournit la matière, réagit, accepte ou refuse, s'épanouit ou souffre. Il s'agit bien d'un véritable dialogue où chacun donne du sien dans une relation qui se prolonge bien au-delà d'une vie humaine.
Mais les éléments, le vent notamment, redessinent les arbres sans l'intervention du jardinier.
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La pierre attachée à une corde est un contrepoids traditionnel qui sert à infléchir la branche de pin pour en façonner la forme.
Photos prises au Myoshin-ji à Kyoto
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La mort du jardinier n'est rien qui lèse un arbre, mais si tu menaces l'arbre, alors meurt deux fois le jardinier.
Antoine de Saint Exupery
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10 novembre 2009
L'art de la feuille ...
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Mince et légère, la feuille forme la base d'un jardin.
Elle contribue au bon fonctionnement du monde. Rien de moins.
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Pour faire un jardin, on plante. Une fois la végétation épanouie, le feuillage s'impose. L'herbe fait pelouse, les buis encadrent, les charmilles abritent, les tilleuls bordent l'allée, la haie isole.
Le jardinier joue avec sa palette, le vert sombre des ifs et des houx, les reflets argentés des oliviers, les flammes des érables en automne.
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D'une main sûre, portant le sarrau de toile et le couvre-chef traditionnels, un jardinier vient redessiner les lignes sablonneuses au rateau de bois. Il aperçoit quelques dizaines de feuilles mortes amenées par le vent d'automne, les regarde, hésite, en ramasse quelques unes, laisse les autres et contemple.
Satisfait, il continue son peignage : complicité entre le hasard d'une chute et l'artiste qui a choisi de consentir.
Les japonais ont inventé l'art de la feuille tombée ...
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Photos prises au temples Myoshin-ji, Ninna-ji et Tenryu-ji en octobre 2009
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Texte de Jean-Claude PECHERE "Le soleil et l'ombre"
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06 novembre 2009
Les jardins de la villa impériale Katsura ...
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S'il fallait justifier mon quatrième séjour à Kyoto, je dirais qu'il était impensable de continuer à parler des jardins de Kyoto sur ce blog sans avoir vu au moins une fois les jardins de la villa Katsura !
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Construite en 1620 par le prince impérial Hachijo no Miya Toshihito, la propriété fut ensuite agrandie par son fils Toshitada. Son jardin somptueux est célèbre pour la manière dont ses allées et ses pierres plates organisent le parcours du visiteur, lui permettant ainsi de savourer une succession de perspectives ingénieusement planifiées. Nombre des décors du jardin se réfèrent à des sites célèbres du Japon et à des lieux mentionnés dans les oeuvres classiques japonaises et chinoises.
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Le grand étang, dont l'eau provient de la rivière Katsura, a été creusé pour accueillir de petits bateaux. Ces jardins sont l'oeuvre du grand paysagiste Kobori Enshu qui s'est inspiré d'une passage du "Dit du Genji". La tradition veut que Katsura soit le meilleur endroit de Kyoto pour admirer la pleine lune. Cela provient d'une légende chinoise selon laquelle un arbre de Judée (en japonais Katsura) serait planté sur la lune.
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Jardin de prince ou jardin de moine
Les jardins japonais ont deux missions. La première ? Distraire les princes et les empereurs qui, au fil des siècles, eurent de moins en moins de pouvoir, les shoguns s'emparant avec poigne des affaires tant politiques que militaires. L'aristocratie, frustrée, se mit à déployer un art de préciosité, que l'on retrouve dans les jardins comme dans le rituel de la cérémonie du thé ... où la porte d'entrée des pavillons est petite et basse, pour obliger notamment les militaires à se baisser (humilité) et à déposer les armes. Les jardins princiers, souvent caprices de nobles comme la villa Katsura, sont de contemplation et de promenade. Ils distillent des perspectives inattendues au gré de la déambulation. Leurs créateurs ont eu l'idée d'étendre les perspectives aux collines environnantes car sur cette terre volcanique, le terrain cultivable se fait rare. Ainsi, certains espaces, plutôt menus, ne se laissent pas deviner au premier abord.
La Libre Essentielle
Jardins japonais
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A la saison d'automne, il avait fait faire une lande de toute la surface du jardin devant le passage couvert de l'ouest, le long de la face orientale du mur intérieur. Les aménagements que nécessitait la voie choisie par la Princesse, tablettes à offrandes et autres, étaient du plus haut goût. De celles qui avaient souhaité devenir ses disciples, nonnes, nourrices ou vieilles suivantes, ce qui allait de soi, mais certaines aussi dans la fleur de l'âge, elle avait choisi celles-là seulement dont la ferme résolution permettait de croire qu'elles persisteraient dans cette voie. Dans l'enthousiasme de l'heure, chacune voulait en être et elles se disputaient le pas, mais quand Monseigneur le sut :
- Cela ne se peut, dit-il. Si des personnes sans conviction sincère, même en petit nombre, s'y trouvaient mêlées, elles seraient une gêne pour leurs compagnes et leur vaudraient un renom de légèreté.
Ainsi les mit-il en garde, et une dizaine d'entre elles seulement prirent l'habit religieux pour la servir.
Dans cette lande, il avait fait lâcher des insectes ; un soir au crépuscule, à l'heure où le vent donne un peu de fraîcheur, il s'était rendu chez elle sous le prétexte qu'il voulait entendre leur chant, et comme il l'importunait de discours qui montraient qu'il ne s'était point résigné encore, elle n'en ressentait que de l'agacement estimant que ses façons étaient décidément inconvenantes ...
L'Impératrice disait qu'elle aimait pareillement le chant de tous les insectes de l'automne, mais que le grillon des pins cependant l'emportait sur les autres, et elle en faisait rechercher par les landes lointaines, qu'elles relâchait en son jardin ; il en était peu toutefois qui chantassent assez longtemps pour que l'on pût les distinguer clairement. Contrairement à ce que laisse entendre son nom, ce doit être en effet un insecte dont la vie est précaire. De plus, il ne chante à coeur joie qu'au fond des montagnes ou dans les pinèdes des campagnes écartées où l'homme ne les entend, car c'est un insecte qui garde ses distances. Le grillon-grelot par contre est d'humeur facile et enjouée, ce qui fait son charme, dit-il, et la Princesse :
De toutes les saisons
automne je le sais bien
est la plus cruelle
mais bon gré mal gré j'écoute
le chant du grillon-grelot
murmura-t-elle, et elle avait ce disant un charme natif et fort grand air.
Murasaki Shikibu
Le Dit du Genji
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Pour en finir avec ces somptueux jardins de la villa Katsura (je vous parlerai de la villa et des bâtiments un peu plus tard ...), j'ai lu que Muriel Barbery, l'auteure de L'élégance du hérisson, devrait sortir un troisième roman où il sera question de jardins japonais. "Je ne sais encore ni dans quelle mesure, ni de quelle manière mais cette certitude s'ancre dans une expérience vécue au printemps 2006 dans les jardins de la villa impériale Katsura à Kyoto - une expérience émotionnellement et esthétiquement si intense que je n'ai de cesse, depuis, de revenir au Japon et d'y rester suffisamment longtemps pour pouvoir contempler les jardins au fil des saison" a-t-elle précisé. Comme je la comprends ...
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23 octobre 2009
Aujourd hui ... zen ...
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ou plutot zenitude ... puisque ce mot est entre dans le Robert ...
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La lumiere de apres-midi eclaire les bambous, les fontaines babillent delicieusement, le soupir des pins murmure dans notre bouilloire.
Revons de l ephemere et laissons-nous errer dans la belle folie des choses.
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Okakura Kakuzo
Le livre du the
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Dewa mata ...
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20 octobre 2009
Aujourd hui, promenade dans le jardin de la villa imperiale Katsura ...
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L automne est le printemps de l hiver
Henri de Toulouse-Lautrec
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Dewa Mata ...
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19 octobre 2009
Automne tardif a Kyoto ...
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Ici, a Kyoto, c est l ete indien (pas comme sur la Cote d Azur ...) si ce n etaient les fruits du ginko qui commencent a etre murs et degagent une odeur pas tres appetissante, on ne se croirait pas a la mi-octobre. Meme les cigales donnent de la voix, aussi ce n est pas demain que je vais pouvoir profiter du Momiji, a part sur les bonsais, les feuilles d erables ne sont pas encore decidees a rougir ! Il va falloir que je prenne de l altitude ...
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Par contre, les nympheas jouent les prolongations ...
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tout comme les passiflores ...
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et les roses du jardin botanique !
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Alors, autant profiter d un pique-nique au bord de la riviere au sanctuaire Shimogamo ...
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et de la douce lumiere d une fin de journee sur les berges de la Kamo gawa ...
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Par contre, les fleurs chrysanthemes, symbole de la famille imperiale, ne se jouent pas des saisons ...
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Un haiku assez insolite de Matsuo Basho ...
Apres les chrysanthemes,
hors le navet long
il n y a rien

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J exagere un peu, ce ne sont pas des couleurs d automne la ?
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Desolee pour les accents, mais j ai un portable avec un clavier qwerty ...
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Dewa mata !
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12 août 2009
Le Hamarikyu-teien ... une oasis paysagée au sud de Ginza ...
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Transformé en jardin de plaisir en 1709 à partir de terres reprises aux shoguns, le jardin Hamarikyu-teien fut endommagé par l'un des plus grands incendies de la ville et tomba à l'abandon.
Récupéré par la maison impériale en 1869, il devint le jardin du palais d'Akasaka. On lui adjoignit un somptueux pavillon de type occidental.
Ce bâtiment a depuis laissé la place à d'élégants pavillons de thé, et malgré un horizon bouché par les grands immeubles, le Hanarikyu-teien est un agréable jardin paysager au bord de la Sumida et au coeur d'un quartier dont la couleur dominante est le gris. Tout comme le ciel, bien gris ce jour-là ...
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"Quelques mots à présent sur les jardins japonais en général.
Quand on a pu se rendre compte - simplement en regardant faire, car outre le sentiment naturel, instinctif de la beauté, l'art exige des années d'étude et d'expérience - quand on a pu, dis-je, se rendre compte quelque peu de la manière dont les Japonais entendent l'arrangement des fleurs, on s'aperçoit que les idées européennes, en matière de décoration florale, n'aboutissent qu'à des conception de la plus extrême vulgarité. Et cette conviction, non point sous l'empire d'un enthousiasme hâtif, mais fondée par un long séjour à l'intérieur. Je puis comprendre, maintenant, la grâce indicible d'une branche de fleur solitaire, telle que, seul, sait la disposer un Japonais expert en cet art qui ne lui permet pas de la jeter au hasard en son vase, mais l'entraîne, une heure durant, quelquefois, à la disposer, redresser, ajuster en un effort de recherches élégantes et délicates.
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Voila pourquoi je ne puis plus songer à ce grossier assemblage de fleurs meurtries, par nous qualifié de bouquet, sans y voir un outrage au sens de la couleur, une odieuse et brutale négation du goût. C'est encore par de semblables raisons que, gagné par le charme des jardins japonais, je demeure confondu de ce que la richesse ignorante peut étaler en les nôtres, si coûteux, de créations incongrues en révolte contre la nature.
Et tout d'abord, un jardin japonais n'est pas, ainsi qu'en Europe, un parterre, un terrain destiné à la culture des plantes. On n'y voit rien, ou du moins fort rarement, de semblable à nos corbeilles fleuries. Il en est qui contiennent à peine quelques brins de verdure ; d'autres en sont totalement dépourvus, uniquement formés de pierres, de sable, de rochers.
Un jardin japonais, en général, est un paysage dont la réalisation ne dépend pas des dimensions, car il peut couvrir un ou plusieurs acres de terrain, comme aussi bien dix pieds carrés ; quelquefois, beaucoup moins encore ..."
Lafcadio Hearn
Japon Inconnu - Dans un jardin japonais
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Quelques fervents aquarellistes retraités posent, dès le matin, leurs chevalets dans ce havre de paix, tentant de gommer de leurs toiles bucoliques les tours arrogantes du quartier de Shiodome ...
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11 juillet 2009
Kyoto ... le jardin du Honen-in ...
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Kyoto ... l'étang du Nanzen-in ...
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07 avril 2009
Les 24 temples du Daitoku-ji à Kyoto ... où il est question du Maître de Thé, Sen No Rikyû ...
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"J'ai pu louer - un coup de chance - un bâtiment dans l'immense enceinte du temple bouddhique du Daitoku-ji.
Littéralement traduite, notre adresse donne "Pavillon de l'Auspicieux Nuage, temple de la Grande Vertu, quartier de la Prairie Pourpre, secteur nord, Kyoto."
Ce n'est malheureusement pas ma future adresse à Kyôto, mais celle où Nicolas Bouvier résida, ainsi qu'il le raconte dans "Chronique japonaise".
Situé dans la partie nord de la ville de Kyoto, le Daitoku-ji, ensemble de temples zen, ne compte pas moins de 24 temples secondaires. Tous ne se visitent pas, mais on peut flâner le long des allées pavées et bordées d'immenses pins. Une balade zen, si on excepte, en été, le chant des assourdissant des cigales ... les provençales (les cigales, bien sûr ...) sont aphones comparées aux japonaises !!
Je ne manque pas, à chaque séjour à Kyoto, de consacrer au moins une demi-journée au Daitoku-ji, qu'il fasse beau ou qu'il pleuve, je ne résiste pas au charme des lieux.
Dès que l'on pénètre dans l'enceinte, il y a un petit abri où du thé chaud attend en permanence le visiteur.
Caché dans un jardin de thé, derrière un des temples, se trouve également un restaurant traditionnel où l'on peut déguster une délicieuse cuisine végétarienne.
Le Ryogen-in, fondé en 1502 et entouré de quatre jardins différents (dont j'ai déjà parlé ICI)
Le Daisen-in, un des temples secondaires du Daitoku-ji les plus célèbres. Il était malheureusement interdit de prendre des photos des peintures et des magnifiques jardins intérieurs. Disons que j'ai un peu bravé l'interdiction ...
Le Koto-in et son roji (jardin de thé), le temple le plus visité à l'automne pour ses bosquets d'érables
L'histoire du Daitoku-ji est liée de très près à celle de Sen No Rikyû - Le Maître de Thé - qui y suivit notamment ses entrainements zen, et y est enterré après s'être suicidé pour une sombre histoire qui a certainement un lien avec le Daitoku-ji.
Au cours du XVIème siècle, la cérémonie de thé se transforme en un art sophistiqué accompli par des Maîtres de Thé dont Sen No Rikyû.
Refusant l'ostentation pour chercher le raffinement dans la simplicité, Rikyû devient le plus grand maître de la cérémonie du thé.
Les goûts du gouverneur militaire Toyotomi Hideyoshi étant tout à fait ostentatoires, Rikyû perd sa faveur et doit de suicider par seppuku en 1591.
Les véritables raisons demeurent inconnues.
Certains pensent qu'il avait fait partie d'un complot visant à empoisonner Hideyoshi pendant une cérémonie de thé ; d'autres estiment qu'il avait blessé son orgueil en installant sa propre statue au sommet de la porte (San mon) du temple de Daitoku - il était impensable pour un gouverneur de passer au-dessous de l'effigie d'un vassal.
Autre explication plus plausible : le gouverneur s'intéressait à la fille de Rikyû et voulut l'intégrer à son harem, s'exposant au refus du Maître de Thé ... il semblerait que l'enquête ne soit pas close ...
Pour parler un peu de la cérémonie de thé, Rikyû fut le pionnier dans l'utilisation des bols à thé Raku et avait une préférence pour les objets sobres (wabi) et rustiques du Japon, plutôt que les objets chinois très chers qui étaient à la mode à cette époque. Il a aussi développé e nombreux instruments pour la cérémonie du thé, incluant des vases à fleurs, des boules à thé et des reposes couvercles en bambou, et utilisa aussi des objets de tous les jours, souvent de nouvelle façon.
Bien qu'il ne fut pas l'inventeur de la philosophie de wabi-sabi, qui trouve la beauté dans la simplicité, Rikyû est parmi eux qui sont principalement responsables pour l'avoir popularisé et incorporé à la cérémonie du thé.
Selon Rikyû, il y a quatre qualités fondamentales qui doivent être illustrées dans une cérémonie de thé :
- harmonie,
- respect,
- pureté,
- tranquillité
Rikyû enseignait de nombreuses choses à propos de la cérémonie du thé. Deux de ses paroles les plus connues sont :
"Bien que de nombreuses personnes boivent du thé,
Si tu ne connais pas la voie du thé,
C'est le thé qui te boira."
"La voie du thé n'est rien que cela : tout d'abord tu fais bouillir de l'eau, ensuite tu fais le thé, et tu le bois."
Le sens de l'esthétisme de Rikyû influença aussi le design. Il popularisa l'utilisation de petites lanternes en pierre comme ornement de jardin.
Je vous recommande l'excellent roman de Yasushi Inoué "Le Maître de Thé"
Note des traducteurs
"La Voie du Thé n'avait à l'origine qu'un but : déguster le plus délicieux thé possible. Peu à peu, elle s'éloigne de la simple gourmandise et s'oriente vers la recherche d'une manière de préparer et servir le thé : un rituel dont, au XVè siècle, les formes sont définitivement fixées par les Maîtres Jukô et Jyôô (Shôô dans le roman). Imprégnée d'esprit zen, la cérémonie s'organise selon les principes d'austérité et de dépouillement de cette religion.
C'est après cette période fondatrice que Rikyû (1522-1591) entre en scène : il s'efforce d'appliquer ce style "simple et sain" non seulement à la préparation du thé mais à toutes les composantes de la cérémonie, c'est-à-dire à la salle, au décor, aux ustensiles (d'où les longues énumérations des noms dont les Maîtres baptisent leurs plus précieuses céramiques). Il tentera avec plus ou moins de bonheur (il vit en des temps de conflits terribles) de relier la Voie du Thé à celle des guerriers samouraï.
Les personnages de ce roman, y compris le narrateur, ont réellement existé, mais Honkakubô n'à laissé aucun cahier. Tous ses entretiens sont donc une invention de l'auteur."
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