30 juin 2009
Petite chronique d'Asakusa : un peu d'histoire ... d'Asakusa au quartier des plaisirs de Yoshiwara ...
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Asakusa est le quartier de Tokyo qui m'est le plus familier. C'est là que j'ai séjourné lors de mes deux séjours dans la capitale nippone, en juillet 2006 et mai 2009.
Asakusa, situé au nord-est de Tokyo, est au coeur de la ville basse (Shitmachi) - en opposition à Yamanote, la ville haute - là où s'installèrent à l'époque d'Edo les commerçants et artisans ; la ville haute étant alors réservée aux samouraïs et à leur famille.
Géographiquement, Asakusa est bien situé en dehors de la fameuse ligne Yamanote qui encercle la ville haute qui comprend une grande partie des quartiers huppés de Tokyo.
C'est donc parce que je connais un peu mieux Asakusa, et que j'ai un réel attachement à ce quartier, que je vais en parler un peu plus longuement, au travers de "Petite chronique d'Asakusa", clin d'oeil à l'oeuvre de jeunesse de Kawabata Yasunari "Chronique d'Asakusa".
Un peu d'histoire donc ...
Dès l'époque des Tokugawa (1603/1867) les foules affluent sur Asakusa. Le quartier, situé au nord-est d'Edo, se développe autour du Senso-ji, le plus vieux temple bouddhiste de la ville.
En ces temps, la vie est particulièrement rude ; rendre visite au temple Kannon est un acte des plus recommandables.
Pourtant, malgré ses mille feux, la divinité n'aurait jamais été aussi éclatante sans l'aide de quelques ombres voisines : la première est celle qui place Asakusa sur la route menant à Yoshiwara, célèbre royaume des maisons closes.
Quartier des courtisanes vers 1890
La seconde est le fait des autorités shogunales qui, au milieu du 19ème siècle, refoulent en périphérie le kabuki, théâtre jugé trop délétère pour le coeur de leur cité. Ses acteurs qui jouent des rôles de femmes (onnagata) envahissent alors Asakusa et apprennent auprès des courtisanes de Yoshiwara.
Après la deuxième guerre mondiale, Asakusa est réduite en cendres. Le quartier se reconstruit, sans perdre pour autant son échelle humaine.
Prélude au désir d'Utamaro Kitagawa (1753-806)
L'art du plaisir - l'ukiyô-e, le monde flottant ...
Situé au nord d'Asakusa, Yoshiwara (rebaptisé aujourd'hui Senzoku) fut une enclave de plaisirs pendant trois siècles (1657/1957). Le shogunat ne pouvant interdire la prostitution (beaucoup de célibataires vivaient alors à Edo) décida de la parquer.
Yoshiwara 1791/1792 - Shusho Katsukawa
Le quartier clos précéda les maisons closes avec un art du plaisir, dit-on, des plus subtils selon le rang des courtisanes. Car celui-ci avait son étiquette. Il faillit même trouver sa voie comme l'art de la guerre ou l'art du thé.
Yoshiwara 1791/1792 - Shusho Katsukawa
Au milieu du 18ème siècle, le quartier comptait plus de 7000 filles - certaines peu fortunées - l'art d'aimer relevant de la survie pour nombre de paysannes embrigadées. Un temple leur était même dédié : Nagekomi dera (celui où on jette les corps).
Le quartier des plaisirs de Yoshiwara est évoqué dans le film japonais réalisé par Mika Ninagawa : Sakuran.
Alors que je me promenais dans les jardins du Senso ji, une photographe était en train de réaliser des photos de "courtisanes" et m'a très gentiment autorisée à prendre ces photos ...
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12 février 2009
Dans les délices japonais ... j'ai nommé le coiffeur ...
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Utamaro - "La coiffeuse" - série "douze professions féminines"
Une histoire de cheveux ... des dames de l'aristocratie aux courtisanes et autres geisha
La coiffure (kamigata) qui évolua parallèlement au kimono, permet de situer l'époque ou la classe sociale : les cheveux noirs de jais et longs étaient caractéristiques des femmes de l'aristocratie et des dames de la cour pendant la période de Heian, alors que les femmes des classes inférieures portaient les cheveux noués pour des raisons pratiques.
Hokusaï - "La poétesse Ono No Komachi"
C'est pendant la période d'Edo que naquirent les coiffures féminines les plus séduisantes, celles des courtisanes et, plus tard, des geisha.
Les geisha portent des chignons compliqués, reproduisant les coiffures de l'ère d'Edo. Ces coiffures imposent des heures d'arrangement et bien sûr d'avoir des cheveux longs ou très longs. Comme elles doivent changer de coiffure à chaque danse, elles ont adopté, dans les années 60, le port de la perruque, ou katsura, toujours faits de vrais cheveux et donc très chers. La coiffure de "shimada" est la plus connue. Le shimada de taka est un chignon haut, porté par les plus jeunes. Le shimada de tsubushi est plus plat, et porté par les geishas plus âgées. Pour ne pas abîmer leur coiffure en dormant, les geishas dormaient la tête posée sur un banc de bois assez élevé, ce qui était relativement inconfortable. Les cheveux exigent un travail constant. Les geisha modernes portent des perruques, mais qui doivent elles aussi être très travaillées. Mais certaines encore continuent à coiffer leurs cheveux à l'huile de camomille.
Un salon nommé "Concombre" ... où le récit d'une délicieuse séance chez un coiffeur japonais
Comme j'avais du temps avant de prendre possession de ma chambre d'hôtel dans le quartier de Saïn à Kyoto, je décidai de profiter de ce temps libre pour rafraîchir ma coupe de cheveux (je porte, depuis quelques années, les cheveux très très courts, ce qui nécessite un entretien très fréquent ...) et, par la même occasion, tenter l'expérience d'une séance dans un salon de coiffure japonais.
Le quartier de Saïn n'est pas touristique, ce qui permet de se rendre dans des établissements qui ne sont généralement fréquentés que par les Japonais. A quelques pas de mon hôtel, je trouvai donc un salon de coiffure qui me sembla relativement moderne, à l'enseigne "Concombre" ...
Aucun des employés ne parlant anglais et ne connaissant du français que le fameux "Concombre" dont ils ignoraient sans doute la signification, je réussis, tant bien que mal, à expliquer que je souhaitais une coupe de cheveux. Ma requête eut l'air de les étonner, car au Japon, les cheveux ne se portent pas aussi courts, enfin rarement, peut être chez les bonzesses en fait ...
Après maints OK, courbettes et sourires de convenance, on m'installa avec délicatesse pour le shampoing sur un fauteuil où je passai, en deux temps, trois mouvements, de la position assise à la position allongée, ma tête reposant sur le bac de shampouinage. Après qu'une petite pièce de tissu fut déposée sur mon visage (pour éviter tout risque de projection) j'eus droit à une quinzaine de minutes de shampouinage, rinçage et massage du cuir chevelu et de la nuque ... un délicieux moment de relaxation.
Après une coupe minutieuse (ah, la précision nippone !!) retour au bac à shampoing pour une nouvelle séance identique à la première avec, en plus, un massage du cuir chevelu avec une lotion camphrée et un massage du visage ... j'étais tellement relaxée que j'ai dû commencer à m'endormir ...
Enfin, après cette délicieuse séance d'environ dix minutes, je passai au séchage qui, vu les quelques millimètres de cheveux qui restaient sur ma tête, fut de courte durée. J'étais si détendue que j'avais l'impression de flotter sur des nuages - de n'avoir pas encore atterri - quand deux mains fermes et expertes se sont mis à me masser vigoureusement la nuque, les épaules et le dos ... pour me réveiller, sans doute !!
J'avoue que j'y ai pris goût ; chaque fois que je vais au Japon, je me réserve au moins deux visites chez le coiffeur. Si je me souviens bien, shampoing, coupe et tout le toutim ont dû me coûter 20 euros environ, pour une séance de plus d'une heure, et quelle séance !
Vous l'aurez compris, si vous allez au Japon, ne vous privez pas d'un petit passage chez un coiffeur japonais, hors des quartiers touristiques de préférence, car sinon vous risquez de tomber sur un salon de type occidental (ça m'est arrivé l'été dernier et j'ai été un peu déçue par la prestation) et, pour les messieurs, vous aurez droit en plus à un nettoyage des oreilles (du type ramonage paraît-il ...), à un désherbage des poils du nez et des oreilles et, si vous le désirez, à un rasage à l'ancienne !
En ce moment ... je crois que j'aurais bien besoin d'une bonne séance chez le coiffeur japonais ... ma coiffeuse locale est bien asiatique, mais vietnamienne !
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Découvrez John Williams!
05 février 2009
Un petit survol de l'histoire du Japon ...
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Le Japon est entré depuis le 1er janvier 2009 dans la 21ème année de l'ère Heisei. L'ère Heisei a débuté en 1989 à la mort de l'empereur Hirohito et à l'accession au trône de son fils ainé, Hakihito.
La légende shinto veut que le Japon soit né des amours de deux divinités, Inzanagi et Izanami. De leur fille, Amaterasu, descendrait en ligne directe la longue dynastie des empereurs japonais.
L'histoire, quant à elle, fait remonter la plus ancienne civilisation japonaise connue à l'ère Jomon (3.000 ans av.JC). Suivent l'ère Yayoi (300 ans av.JC) marquée par l'apparition de l'agriculture, de la poterie, du bronze, puis l'ère des Kofuns (300-552), gigantesques tombes où sont enterrés les chefs de guerre.
Aux sources de l'empire
Il faut attendre le début du VIIIème siècle pour assister à la création d'un véritable état japonais dont la première capitale, Nara, est construite sur le modèle des villes chinoises. C'est à cette époque que la puissante famille de Fujiwara commence à exercer sur la cour une influence qu'elle conservera pendant près de 1.000 ans. Au cours de ses premières années d'existence, connues sous le nom de l'ère Tempyo, la nation japonaise est déchirée par des luttes religieuses. En 794, l'empereur, tiraillé par les sectes, doit finalement quitter Nara pour Heian (l'actuelle Kyoto), dont il fait la nouvelle capitale.
Le Todai-ji de Nara (juillet 2008)
Le Byodo-in d'Uji qui fut la propriété de la famille Fujiwara (juillet 2008)
Jusqu'à la fin du XIIème siècle, deux familles, les Taira et les Minamoto, vont s'affronter, s'emparant tour à tour du pouvoir. Leur lutte se termine par une terrible bataille au cours de laquelle les Tairas sont définitivement vaincus.
Combat de samouraïs - Hiroshige
Le château d'Himeji (juillet 2006)
Le château de Matsumoto (juillet 2008)
En 1192, le chef du clan Minamoto, le fameux Yoritomo, est nommé shogun (généralissime) et installe son quartier général à Kamakura. Commence alors une ère marquée à la fois par l'idéologie militaire et le bouddhisme zen (la forme la plus ascétique du bouddhisme). Elle dure jusqu'en 1333 et voit l'avènement d'une nouvelle caste, celle des samouraïs, qui impose sa domination sur tout le pays. Cette période, qui s'achève en 1582, est appelée ère Muromachi, du nom du quartier de Kyoto où le nouveau shogun, Ashikaga Takauji, installe son état-major. C'est une ère relativement agitée, au cours de laquelle les clans féodaux s'affrontent sans vraiment parvenir à se départager. Mais c'est aussi l'une des périodes les plus fécondes en matière d'art et de culture. Les pavillons d'Or et d'Argent sont édifiés à Kyoto et des arts raffinés comme la cérémonie du thé et les jardins font leur apparition.
Le temple d'Or et le temple d'Argent à Kyoto (juillet 2006)
D'Edo à Tokyo
Jusqu'au XVIème siècle, rien ne prédestine Edo, un petit village fondé en 1457 par un seigneur de guerre nommé Ota Dokan, à devenir la capitale du Japon. Le pouvoir, incarné par le général Toyotomi Hideyoshi, semble en effet s'être définitivement fixé à Osaka d'où le kampaku, régent de majorité, peut surveiller les activités de la cour de Kyoto. Mais à la mort de Hideyoshi, en 1598, Tokugawa Ieyasu, son vassal de l'Est, s'auto-proclame shogun et décide de diriger le pays depuis son château d'Edo.
Shogun, gravure sur bois au Chion-in (juillet 2007)
Le nouveau maître du Japon est conscient des risques qu'il prend en s'installant à 600 km de la capitale impériale. Aussi, afin de limiter les risques de rébellion, il instaure une loi (Sankin Kotao) obligeant tous les vassaux possédant un fief (daïmyo) à habiter une année sur deux à Edo. Il est entendu qu'ils doivent laisser en otage auprès du shogun leurs femmes et leurs enfants. Les frais de voyage et d'entretien de leurs familles demeurent entièrement à leur charge...
Hiroshige - extraits de 53 vues du Tokaïdo
Voyageant à bord de leurs palanquins, les daïmyo doivent "faire la route" accompagnés de toute une escorte de samouraïs. Le Tokaïdo, qui relie Edo à Kyoto, est de loin l'axe le plus emprunté par les seigneurs nomades. En quelques années de ce régime, Edo devient rapidement la ville la plus prospère du Japon. Accourant de tout le pays, samouraïs et commerçants se pressent à ses portes pour avoir leur part de cette nouvelle richesse. La société japonaise, très hiérarchisée, ne permet pas aux différentes castes de vivre dans les mêmes quartiers. Les samouraïs s'installent donc dans le ville haute (Yamanote) tandis que les commerçants et les artisans s'installent dans la ville basse (Shitamachi). Du "petit peuple d'Asakusa", selon l'expression de Robert Guillain, et non de l'aristocratie figée dans ses traditions, est né un nouveau type de japonais, l'edokko - ou enfant d'Edo - que l'on pourrait comparer au titi parisien.
Les Tokugawa et la politique d'isolement
Les Tokugawa, famille dont les générations se succèdent à Edo pendant plus de deux sièces, sont d'un extrême conservatisme. Leur méfiance à l'égard de tout ce qui vient de l'étranger les pousse à fermer le pays aux influences du monde extérieur. Une loi datant de 1614 interdit désormais aux japonais de sortir de l'archipel. Tout étranger surpris sur le territoire japonais est mis à mort. A partir de 1622, de nombreux missionnaires espagnols, portugais et hollandais seront ainsi exécutés sans préavis et les japonais qui avaient embrassé la religion chrétienne pourchassés et martyrisés. Commence alors une longue période - elle durera jusqu'en 1868 - d'autarcie totale, au cours de laquelle les japonais se forgent une identité nationale si forte qu'elle confine à la névrose collective.
Eglise d'Oural (Nagasaki juillet 2008)
Un développement culturel fantastique
Paradoxalement, sur le plan culturel, la période Edo est l'une des plus riches de l'histoire du Japon. La montée de la classe marchande constitue l'une des clés de ce développement : pour dépenser leur fortune, les riches s'inventent sans cesse de nouveaux loisirs. Leur quartier de prédilection est Yoshiwara (le quartier réservé à la prostitution) où les geisha (littéralement "personne qui possède un art") dont le nombre se multiplie, procurent à leurs clients des plaisirs toujours raffinés. Les jolies femmes deviennent également des vedettes d'une nouvelle forme de théâtre, le Kabuki. Sa vitalité, ses décors extravagants et surtout sa puissance d'évocation érotique relèguent le nô au rang de vieillerie bonne "à mettre au rencart". Jugeant le kabuki dégradant, les autorités tentent d'en freiner l'essor en interdisant aux femmes de monter sur scène. Ce sont alors les travestis (onnagata) qui tiennent leurs rôles et, loin de dissuader les spectateurs, cet artifice donne au kabuki un nouveau départ. La vie de luxure des marchands d'Edo inspire les plus grands artistes qui concentrent tout leur talent à transcrire ce "monde flottant" (yukiyo). Les grands maîtres de l'estampe japonaise sont Hokusai, Hiroshige et Utamaro. Tirées à des milliers d'exemplaires, leurs oeuvres nous montrent une société qui se livre sans complexe aux plaisirs des arts et du sexe.
Utamaro - La courtisane Takigawa
Hiroshige - Lieux célèbres d'Edo "Les cerisiers en fleurs"
Hokusai - Scène du quartier réservé de Yoshiwara
La restauration Meji
Malgré ce foisonnement culturel et alors que l'Europe et les Etats-Unis ont déjà accompli leur révolution industrielle, le Japon est, encore au milieu du XIXème siècle, un pays féodal dirigé par des militaires (les samouraïs) qui ont droit de vie et de mort sur le reste de la société. En juillet 1853, une escadre américaine, commandée par l'amiral Perry, pénètre dans la baie de Tokyo.
Bataille navale (Nagasaki, juillet 2008)
L'officier propose au gouvernement japonais de signer un traité autorisant les Etats-Unis à commercer avec l'archipel. Perplexe devant les canons américains, le shogun, pour la première fois en six siècles de pouvoir militaire, consulte l'empereur sur ce qu'il convient de faire. Sans hésiter, celui-ci lui répond qu'il faut expulser les "barbares du Sud" (nanban) sans rien leur accorder. Malheureusement, le généralissime n'a pas les moyens militaires de repousser les américains et se trouve contraint de signer l'accord proposé. En désobéissant à l'empereur, considéré par les japonais comme un dieu vivant, Togukawa a perdu la confiance du peuple. Très vite, il doit démissionner pour permettre la restauration triomphale du pouvoir impérial. Le jeune Mutsuhito, plus connu sous le nom d'empereur Meji, se retrouve à quinze ans à la tête du pays. L'une de ses premières décisions est de transporter sa cour à Edo, rebaptisée Tokyo ("capitale de l'Est") en 1869. Ainsi, par une ironie du sort, c'est sous l'égide de l'empereur - la plus ancienne tradition japonaise - que le pays va brutalement basculer dans le monde moderne. Dès lors, l'harmonie entre tradition et progrès devient l'un des traits dominants de la vie nippone.
L'empereur Hirohito
Du Japon impérial au Japon impérialiste
A la mort de l'empereur Meji, en 1912, son fils aimé, Yoshihito, monte sur le trône mais il est incapable de gouverner et c'est le fils de ce dernier, le jeune Hirohito, qui assure la régence pendant toute l'ère Taisho (1912 - 1926). Commence alors une période marquée par une montée du militarisme comparable à celle qui se produit, au même moment, en Allemagne. En fait, dès la fin de l'ère Meiji, le Japon cherche à se protéger des Occidentaux en créant des zones tampons en Mandchourie, en Corée et à Taiwan qu'il occupe plus ou moins depuis les guerres shino-japonaises (1894-1895) et russo-japonaise (1904-1905).
En 1910, dans l'indifférence générale, le Japon annexe la Corée. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, le Japon allié de l'Angleterre, déclare la guerre à l'Allemagne. Au cours des années 1920-1930, les militaires prennent finalement le contrôle du pays, l'entraînant dans une politique expansionniste sans précédent. En 1937, l'armée impériale lance une attaque contre la Mandchourie où elle commet tous les excès. L'idéologie ultra-nationaliste des militaires japonais s'accorde à merveille avec celle des nazis. En 1940, un pacte est signé entre le Japon, l'Italie et l'Allemagne. L'année suivante, les japonais décident d'envahir l'Indochine. Les Etats-Unis ripostent par un embargo sur le pétrole. La contre-riposte est foudroyante : le 7 décembre 1941, les japonais lancent une attaque surprise sur la base américaine de Pearl Harbor, anéantissant totalement la flotte américaine du Pacifique. Les japonais avancent dès lors sur tous les fronts, s'appropriant Singapour, les Indes néerlandaises, les Philippines et même la Birmanie. Mais l'Amérique finit par réagir et, dès 1944, entreprend des raids aériens contre les villes japonaises. Pourtant, malgré les bombardements répétés, l'état-major nippon refuse de céder. Le président TRUMAN décide alors d'utiliser l'arme nucléaire pour mettre un terme définitif à la guerre. Le 6 août 1945, une première bombe est lâchée sur Hiroshima, suivie, trois jours plus tard, par une autre lancée sur Nagasaki. Acculés, les japonais finissent par admettre la défaite et l'empereur lui-même, dans un message radio-diffusé, appelle ses concitoyens à "endurer l'insupportable". Le 2 septembre 1945, une reddition sans condition est signée à bord du cuirassé Missouri avec le général MacArthur.
Photo prise après la déflagration de la bombe atomique (Nagasaki, parc de la Paix, juillet 2008)
Un redressement économique spectaculaire
En grande partie détruit, le Japon n'a pas d'autre choix que d'accepter l'occupation américaine. Le général MacArthur, qui a à coeur de reconstruire le pays sur des bases neuves et démocratiques, fera tout pour s'attirer la sympathie des ennemis d'hier. Connaissant l'attachement des Japonais à l'institution impériale, les Américains décident de ne pas juger Hirohito et, même, de lui laisser son trône à condition qu'il renonce publiquement à son statut de dieu vivant - ce qu'il fera le 1erjanvier 1946. L'occupation américaine prend fin officiellement en 1952 après la signature d'un traité de paix, le 8 septembre 1951 à San Francisco. Mais la guerre de Corée, qui débute le 25 juin 1950, incite les Américains à se servir du Japon comme base arrière et à relancer la machine économique nippone. En quelques années, grâce aux commandes américaines et à une impressionnante capacité de travail, le Japon va opérer un redressement des plus spectaculaire, devenant, au début des années 1960, le pays le plus productif d'Asie. Dès lors, l'économie japonaise ne connaît plus de frein. Une fois la guerre de Corée terminée, les industriels nippons se tournent vers d'autres secteurs comme l'automobile, la photo et la radio. Avec un seul mot d'ordre : exporter. Le pays devient au cours des années 1980 la deuxième puissance économique du monde, talonnant les Etats-Unis. Mais il doit faire face aux critiques de ses partenaires occidentaux qui l'accusent d'envahir le monde avec ses produits tout en maintenant son marché hermétiquement fermé. Son succès économique, le Japon le doit pourtant avant tout aux sacrifices consentis par une population travailleuse, qui a su patienter avant de recueillir le fruit de ses efforts. C'est avec respect qu'on parle, jusqu'au début des années 1990, du "modèle japonais".
L'empereur Hakihito






















































