Le Japon d'Asiemutée

"Un chemin de mille lieux commence toujours par un premier pas" Lao Tseu Mon premier pas au Japon m'a été fatal ... je suis tombée sous le charme du pays du Soleil Levant, de sa culture, de ses paysages ... et je ne m'en suis pas encore relevée !!

mardi 15 décembre

Maiko de Gion-Kobu ...

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Je n'avais pas besoin de savoir compter pour constater que j'étais devenue la plus populaire des maiko de Gion-Kobu. Il suffisait de regarder mon emploi du temps. J'avais des engagements pour un an et demi. Mon programme était si chargé que les clients devaient confirmer leur réservation un mois à l'avance. Pourtant je ménageais toujours un peu de temps en cas d'imprévu. Et quand, au cours de la journée, je voyais que j'avais une fenêtre dans mes horaires, j'en profitais pour accorder quelques minutes par-ci, par-là, et demandais à Kuniko de noter ces rendez-vous supplémentaires sur mon agenda.

Pendant les six ans où j'ai été maiko, de quinze à vingt et un ans, je n'ai pas eu un instant de libre. J'ai travaillé sept jours sur sept, d'un bout à l'autre de l'année. Sans prendre une seule journée de vacances.

J'étais la seule à l'okkiya Iwasaki à ne jamais m'accorder de repos, peut-être aussi la seule à Gion-Kobu, pour ce que j'en sais. Mais je ne me plaignais pas, c'était mieux que d'être au chômage.

Je ne savais pas ce que c'était de s'amuser. Quand il m'arrivait de me retrouver en compagnie de mes camarades dans des lieux publics, je trouvais cela épuisant.

Dès que je posais le pied en dehors de l'okiya, je me métamorphosais en "Mineko de Gion-Kobu", trainant dans mon sillage partout où j'allais une ribambelle d'admirateurs. Et il fallait que je me montre à la hauteur de mon rôle. Si quelqu'un souhaitait faire une photo de moi, je prenais la pose. Si quelqu'un voulait un autographe, je ne refusais jamais.

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Ce rôle, je le tenais si bien que j'avais l'impression que je n'étais plus rien d'autre qu'une maiko. Pourtant, je n'aimais rien mieux que de rester à la maison à méditer, à lire, à écouter de la musique. C'étaient là mes seuls moments de vraie détente.

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DSCN0847Il est difficile d'imaginer un monde où tous ceux qui vous entourent sont en rivalité avec vous, vos amies, vos soeurs, jusqu'à votre mère. Parfois, tout était confus et se heurtait dans mon cerveau. J'étais incapable de distinguer mes amis de mes ennemis, je ne savais si je devais croire ou non ce qu'on me racontait. Si bien qu'au bout d'un certain temps, je finis par souffrir de troubles névrotiques : je ne dormais plus ou très mal, j'avais des crises d'anxiété, du mal à parler.

Comme je craignais que mon état ne s'aggrave, j'ai pris la résolution de "m'exercer" à rire. Je m'achetai des piles de disques comiques japonais que je me passais tous les jours. Je m'efforçais d'inventer des tours malicieux pour mes ozashiki, de visualiser la salle de banquet comme un terrain de jeu.

Ce stratagème s'avéra efficace. Je me sentis vite mieux et, peu à peu, je fus de nouveau capable de me concentrer sur ce qui se passait autour de moi. On peut apprendre la danse ou toute autre forme d'art, mais animer un ozashiki ne s'enseigne pas. Ils sont tous différents, même au sein de la même ochaya. Dès que l'on entre dans la salle, on peut juger du niveau de revenus du client. Le tokonama est-il précieux ? La vaisselle est-elle en porcelaine ? Les plats proviennent-ils d'un traiteur huppé ? D'un seul coup d'oeil, une geiko expérimentée enregistre ces détails et adapte son approche. L'éducation artistique acquise auprès de mes parents me procurait dans ce domaine une bonne longueur d'avance sur les autres.

Ensuite, il faut divertir le client. Apprécie-t-il plutôt la danse, la conversation ou les jeux de société ? Une fois que l'on a appris à connaître un client, on sait d'avance à quoi il s'attend, ce qui rend la tâche plus aisée.

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Les ochaya ne servent pas seulement aux loisirs. Ce sont des lieux où se conduisent les affaires économiques et politiques du pays. Un ozashiki fournit un cadre tranquille et agréable à des discussions sérieuses.

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Dans certaines circonstances, la geiko est tenue de s'effacer, son professionnalisme lui dicte de se fondre dans le décor. Si besoin est, elle se poste à l'entrée de la salle pour avertir le client au cas où quelqu'un approcherait, ce qu'elle lui fait savoir par un signal convenu. Ou bien elle informe le nouvel arrivant que les clients ne désirent pas être dérangés.

 

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Extrait de Ma vie de geisha
de Minako IWASAKI

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Photos prises à Gion-Kobu en octobre 2009
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samedi 21 novembre

Le rendez-vous ...

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Deux ans après mes débuts de maiko, au cours d'un rituel appelé le mizuage, marquant le passage à une plus grande maturité, j'adoptai une coiffure différente et le ruban en soie rouge de mon chignon fut symboliquement coupé.

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Quand je demandai à maman Masako si je devais suggérer à mes clients de contribuer aux frais de cette cérémonie, elle se contenta de rire en disant :
- Qu'est-ce que tu me chantes là ? Je t'ai élevée pour être une femme indépendante. Nous n'avons pas besoin d'aide. L'okiya prend tout en charge.
Maman Masako, comme je l'ai déjà dit, était très économe. Pour ma part, tout en me sentant peu compétente dans ce domaine, je tenais à ne pas être un poids pour elle.
- Que dois-je faire, alors ?
- Pas grand chose. Il faut d'abord que tu changes de coiffure. Puis on donnera une petite fête pour annoncer la bonne nouvelle et distribuer des cadeaux à la famille, dont ces bonbons qui t'ont fait rougir quand tu avais quatorze ans.
Elle parlait de ces minuscules gâteaux de riz, les ekubo, signifiant "fossette", ayant un petit creux sur le dessus avec un minuscule cercle rouge au centre qui leur donne une apparence de tétons.

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La cérémonie se tint en octobre 1967. J'avais dis-sept ans. Nous avons fait une tournée dans le quartier avec nos petits présents sans omettre une seule de nos "relations" de Gion-Kobu.
Je laissais derrière moi le wareshinobu qui se porte au début de la formation pour arbore l'okufu, la coiffure de la maiko plus âgée. Ce changement dans mon apparence signalait à mes clients que j'approchais l'âge du mariage. Je commençais donc à recevoir des propositions. Les clients, qui étaient en général des hommes mariés, pensaient en moi pour leurs fils ou même parfois leurs petits-fils.

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La geiko de Gion-Kobu est une épouse très prisée aux yeux des riches et des puissants de mon pays. Hôtesse accomplie, ravissante, elle figure une compagne idéale pour ceux qui se meuvent dans les hautes sphères de la diplomatie ou des affaires internationales. En outre, elle apporte dans son trousseau un carnet d'adresses bien rempli qui peut se révéler utile à un jeune homme au début de sa carrière.
Du point de vue de la maiko, il est agréable d'épouser un homme qui a autant de panache que ceux qu'elle rencontre dans les banquets chaque soir de la semaine. Très rares sont celles qui ont envie de quitter les lumières de la fête pour s'enfermer dans une existence petite-bourgeoise. Les quelques geiko que j'ai connues ayant fait des mariages d'amour ont toutes fini le coeur brisé et l'amertume aux lèvres.

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Et qu'en est-il de celles qui sont les maîtresses de clients mariés ? Sur ce sujet, ce n'est pas un chapitre qu'il y aurait à écrire, mais un volume entier. Mettons que, sur son lit de mort, l'épouse d'un client convoque la geiko à son chevet pour la remercier en pleurant de prendre si bien soin de son mari. Elle meurt, la geiko se marie avec le veuf et tout finit comme dans un conte de fée.
Hélas, cela ne se passe presque jamais ainsi.

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Je me rappelle un incident particulièrement troublant.
Deux geiko avaient une liaison avec le même homme, un richissime négociant en saké. Chacune de son côté effectua une visite plutôt indélicate à son épouse pour la supplier de divorcer. Toutes les trois firent une scène au pauvre homme, qui se suicida.
Je reçus plus de dix propositions sérieuses. Je les repoussai toutes. Je venais tout juste d'avoir dix-huit ans, et il n'était pas question que j'envisage le mariage. Pour commencer, je ne pouvais imaginer ma vie sans la danse.
Par la suite, je sortis avec plusieurs jeunes gens. Cependant, accoutumée aux manières raffinées et à la conversation pétillante de leurs pères, je les trouvais, par contraste, mornes et ennuyeux à mourir. Après le film et une tasse de thé, je n'avais plus qu'une idée en tête : rentrer chez moi.


Mineko IWASAKI
Ma vie de geisha

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samedi 24 octobre

Visite nostalgique a Gion et Higashiyama ...

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Aujourd hui j ai pense plus particulierement a Tanii ...
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Les geisha que l on rencontre dans la journee a Higashiyama ...
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n ont rien a voir avec les geisha, ou plutot les geiko de Gion ... je vous expliquerai pourquoi !
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samedi 05 septembre

Le pied de Fumiko ...

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"Jeune femme prenant le frais sur une véranda" d'Utamaro

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Du fond d'une petite armoire il alla pêcher un vieux recueil d'estampes. Il l'ouvrit à une page dont le thème était le Gengi campagnard de Tanehiko. La gravure était signée Kunisada, si je me souviens bien.

Cette estampe représente une jeune femme, de cette beauté caractéristique de Kunisada, qui était exactement celle d'O-Fumi-san. Arrivée pieds nus des routes de campagne auprès d'un bâtiment inoccupé qui semble quelque vieux temple, elle est assise au bord d'une galerie extérieure, et essuie son pied avec une serviette. Son torse, tourné vers la gauche, tellement penché qu'il semble sur le point de tomber, est soutenu par un bras frêle. Le pied gauche prend appui sur le sol de la pointe de l'orteil et l'autre jambe est repliée. De la main droite elle s'essuie la plante du pied. Cette pose demandait une extraordinaire agilité d'exécution et montrait à quel point les peintres d'estampes d'autrefois étaient de fins observateurs des transformations gracieuses du corps féminin et quel intérêt profond ils lui portaient. Ce qui m'impressionna le plus était la manière équilibrée et si délicate de représenter la souplesse du corps au lieu de la maladresse à laquelle on aurait pu s'attendre, car tous les membres sont contorsionnés de façon extraordinairement compliquée. La femme est bien assise sur la galerie extérieure, mais dans une position instable. Comme je viens de le dire, le buste est si penché sur la gauche, tandis qu'elle plis la jambe droite dans une position dangereuse, qu'il suffirait de lui tirer légèrement le bras appuyé au sol pour lui faire perdre l'équilibre. Comme pour éviter ce risque, tous les muscles de ce corps délicat sont tendus comme un fil de fer imprimant à toutes les parties de sa personne un mouvement d'une beauté inexprimable. Ainsi, le plat de la main gauche qui supporte son épaule s'ouvre et adhère au plancher de la galerie extérieure, les cinq doigts comme pris d'une sorte de convulsion. De même, le pied gauche n'est pas mollement posé sur le sol, mais, preuve de l'énergie qui s'y investit, le gros orteil se recourbe en forme de bec d'oiseau.

Le mouvement évoqué avec le plus de subtilité est le rapport entre le pied droit fléchi vers l'extérieur et la main droite s'appliquant à l'essuyer. Une pareille position doit être nécessaire ; le pied droit étant retenu dans une torsion forcée par la main droite, il suffirait que celle-ci lâche prise pour que le pied se cogne brutalement contre le sol. La main doit donc tenir prisonnier le pied en même temps qu'elle l'essuie. Je ne pouvais m'empêcher d'admirer le talent et l'extraordinaire habileté du graveur. Alors qu'il aurait été tellement plus simple de retenir le pied en serrant le cheville ou en saisissant le cou-de-pied, le dessinateur avait sciemment introduit la main entre le quatrième et le troisième orteil de façon à soulever le pieds par les deux seuls petits doigts. Les deux orteils cherchaient à échapper à cette main ravissante et le genou fléchi frémissait de l'impatience sous l'effort refoulé.

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On ne pourrait affirmer qu'aucune physionomie au monde ne saurait être comparée à celle d'O-Fumi-san, mais un pied d'une forme aussi belle et aussi harmonieuse, jamais je n'en avais vu jusqu'à ce jour. Des pieds au talon trop aplati, aux orteils mal alignés et trop espacés, laissant des ouvertures disgracieuses, provoquent une sensation aussi déplaisante qu'une vilaine figure. Or, le talon d'O-Fumi-san était agréablement charnu, les cinq orteils accolés traçaient une sorte de m, formant un alignement aussi parfait qu'une rangée de dents bien plantées. Ces doigts de pied étaient si joliment agencés qu'ils semblaient découpés dans du shinko (1). Mais ces adorables ongles qui se trouvent à chacune de leur extrémités, à quoi devrais-je donc les comparer ? Je serais tenté de dire qu'ils ressemblaient à une rangée de pièces de go, mais ils avaient plus de lustre et de brillant, tout en étant beaucoup plus petits. Un artisan ingénieur aurait peut-être obtenu un résultat d'une somptuosité comparable s'il avait découpé et poli la nacre de l'huître perlière et, après l'avoir effilée, l'avait plantée dans le shinko à l'aide de petites épingles. A chaque fois qu'il m'est donné d'admirer pareilles beautés, je me dis en aparté que le créateur manque grandement d'équité dans ses différentes réalisations d'êtres humains. Les ongles "poussent" chez l'homme comme chez les animaux. Mais ceux des pieds d'O-Fumi-san semblaient "incrustés". C'était bien cela : chacun de ses orteils était pourvu d'un joyau. En arrachant de ses pieds les doigts et en les enfilant, on obtiendrait un collier magnifique, digne d'une reine.

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Je ne connais rien aux choses occidentales, mais autrefois les femmes japonaises étaient fières d'avoir de jolis pieds. Les geisha de l'ère Tokugawa ne portaient pas de tabi  (2), même en hiver, tellement elles avaient envie de montrer leurs pieds ! Les clients trouvaient ça du plus grand chic et s'en réjouissaient ; alors que maintenant les geisha se présentent toutes chaussées de tabi. C'est le monde à l'envers quand on songe au passé. De plus, les geisha de nos jours ont de vilains pieds ; pas étonnant alors qu'elles refusent l'enlever leurs tabi, même si on les en prie ! Mais comme cette O-Fumi, avec ses jolis pieds, est une exception, je lui enjoins de ne jamais en mettre.
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Note de l'éditeur

"Il peut paraître étrange de parler d'expression à propos d'un pied, mais pour ma part, je pense qu'un pied n'est pas moins expressif qu'un visage ... Le sien faisait penser à un petit oiseau effrayé qui gonfle ses poumons, replie ses ailes et se prépare à l'envol."
Dans cette nouvelle de jeunesse qui préfigure son chef-d'oeuvre ultime Journal d'un vieux fou, Tanizaki explore la passion fétichiste d'un vieux libertin pour le pied d'une jeune geisha.

A mon humble avis, cette "oeuvre de jeunesse" de Tanizaki est un petit chef-d'oeuvre. Une fois refermé cet ouvrage très court mais aux longues descriptions, on a qu'une envie : contempler les sublimes estampes d'Utamaro !!

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(1) Radis blancs confits dans la saumure et qui servent d'accompagnement au riz
(2) Chaussettes de toile épaisse adaptées à la forme de la geta, chaussure traditionnelle dont l'attache sépare le gros orteil des autres doigts de pied

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mercredi 19 août

Ruelle dans le hanamachi* de Gion Kobu ...

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Nuit d'été
le bruit de mes socques
fait vibrer le silence

Basho

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"Vers la fin de l'après-midi, tout le monde se retrouvait à l'okiya pour la séance d'habillage. Les portes de la maison se fermaient alors pour le reste de la journée. Les maiko et les geiko prenaient leur bain, se coiffaient, se maquillaient. Ensuite les habilleurs arrivaient pour les aider à revêtir leurs parures. Je mets le mot "habilleur" au masculin puisque c'étaient presque toujours des hommes, les seuls représentants du sexe opposé à pénétrer dans le sérail, et encore, seulement dans la salle d'habillage du premier. Ces spécialistes, dont le savoir-faire avait nécessité des années d'apprentissage, constituent la clé du succès pour une geiko*. Car eux seuls savent préserver l'équilibre d'un costume. Moi par exemple, avec mes quarante-cinq kilos et mon kimono de vingt kilos, il fallait que je puisse tenir sur mes socques en bois de quinze centimètres de haut. Le moindre décalage, le moindre accessoire mal placé ou manquant, et c'était la catastrophe. Le travail de l'habilleur devait être parfait.


Le kimono se porte soit avec des sandales, soit avec ces socques très épais que l'on appelle des okobo, dont la hauteur de talon se trouve en principe compensée par le poids des extrémités de la ceinture de kimono qui traînent presque par terre à l'avant. Ces chaussures ne facilitent pas la marche, mais on estime que l'allure affectée qu'elles nous prêtent rehausse notre charme.


J'ai eu mon propre habilleur, toujours le même, à partir de l'âge de quinze ans et pendant les quinze années que dura ma carrière, sauf une ou deux fois parce qu'il était trop souffrant pour venir. Il connaissait par coeur tous mes défauts physiques, comme cette vertèbre déplacée, conséquence d'une chute, qui me rendait le port du kimono et des divers ornements très pénibles si tout n'était pas arrangé comme il le fallait.


Mais le rôle de l'habilleur va bien au-delà. Il s'entremettra par exemple pour le choix d'une grande soeur, il servira de chaperon dans certaines circonstances et, surtout, il est l'ami de la geiko, souvent son confident, celui vers qui elle se tourne quand elle a besoin d'un encouragement ou d'un conseil.


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Tandis que ces préparatifs touchaient à leur fin et que des messages arrivaient encore pour des réservations de dernière minute, les bonnes nettoyaient le genkan pour l'heure de départ des maiko* et des geiko. Elles balayaient de nouveau, aspergeaient d'eau la terre battue, remplaçaient la petite montagne de sel à l'entrée par une nouvelle. Puis c'était la sortie : telles des reines dans leurs nuages de soie, les geiko et les maiko voguaient vers leurs rendez-vous respectifs.


Après leur départ, la maison paraissait très tranquille. Les apprenties maiko et le personnel dînaient. Je répétais les pas de danse appris ce jour-là, le morceau de koto que j'étais en train de travailler et je faisais quelques exercices de calligraphie. Une fois que je me mis à fréquenter l'école, il fallut aussi m'occuper de mes devoirs. Tomiko, pour sa part, révisait son chant et son shamisen.


Il existait alors à Gion Kobu plus de cent cinquante ochaya ou maisons de thé, au cadre serein et raffiné, bruissantes d'activité chaque soir de la semaine. Une geiko pouvait se rendre en l'espace de quelques heures dans trois ou quatre ochaya différentes, d'où un grand nombre d'allées et venues à la tombée de la nuit dans les ruelles du quartier.


En septembre 1956 fut posé un réseau téléphonique privé qui relia les unes aux autres l'ensemble des okiya et des ochaya. Je me souviens de la couleur des appareils : beiges. Les appels étaient gratuits. Parfois, la sonnerie retentissait alors que les apprenties faisaient leurs devoirs. C'était une maiko ou une geiko qui appelait d'une ochaya, réclamant tel ou tel objet qui lui manquait pour animer son prochain banquet ou dîner, une paire de tabi propres ou bien un éventail pour remplacer celui qu'elle venait d'offrir à un admirateur. Même si elle tombait de fatigue, l'apprentie obtempérait aussitôt, ces courses étant indispensables à sa formation, puisqu'elles étaient l'occasion non seulement de voir comment fonctionnait une ochaya mais aussi de se familiariser avec les gens de Gion.


J'allais me coucher à une heure raisonnable, mais il était plus de minuit lorsque geiko et maiko rentraient à la maison. Après s'être changées, elles prenaient un bain ou grignotaient un morceau, bref, s'accordaient un moment de détente avant de se mettre au lit, jamais avant deux heures du matin. Les deux bonnes qui dormaient dans le genkan* se levaient à tour de rôle pour les servir."

Mineko IWASAKI - "Ma vie de Geisha"

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* Le hanamachi est le quartier des geisha
* A Kyoto on appelle une geisha "geiko"
* La maiko est une jeune geiko
* Le genkan est une antichambre au sol de terre battue

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samedi 15 août

Les ohana de la geisha ... ou les honoraires des fleurs ...

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De l'okiya à l'école des geisha ...

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Le doran ... le maquillage de la geisha ...

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dimanche 19 juillet

Petite chronique d'Asakusa ... aux premières heures du Sanja matsuri ....

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Sanja matsuri est une très grande fête qui a lieu à la fin de la troisième semaine de mai dans le quartier d'Asakusa, au sanctuaire Asakusa jinja, sanctuaire shinto situé dans l'enceinte du Senso-ji. Le Sanja matsuri est l'un des plus importants matsuri de Tokyo.

Construit en 1649, l'Asakusa jinja est dédié aux deux pêcheurs qui, en l'an 628, sortirent des eaux de la Sumida une statuette en or de Kannon, bosatu de la miséricorde.


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Les mikoshi (sanctuaires portatifs) sont exposés avec les offrandes faites par de généreux donateurs - principalement du saké et des kagami mochi (gâteaux de riz circulaires) - avant d'être portés par des milliers de personnes à travers les rues du quartier durant trois jours de frénésie ...


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Petite répétition de la présentatrice de la télévision locale. Le matsuri sera amplement diffusé sur les télévisions de Tokyo mais également à travers tout le Japon.


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Les organisateurs portent le happi (kimono court) à l'emblème d'Asakusa qui représente trois filets de pêche.


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Les premiers à défiler sont les organisateurs, puis des personnages en vêtements traditionnels ...


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ainsi que les geisha qui ont toujours autant de succès !!


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Enfin, c'est au tour des prêtres shinto de célébrer la cérémonie religieuse à l'Asakusa jinja, à l'origine du Sanja matsuri dès la période Edo (1603 - 1868).


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L'assistance est bénie, les kami sont satisfaits, que la fête commence ... elle durera trois jours et presque autant de nuits ... ça va être chaud, je vous le promets !!!!
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jeudi 12 février

Dans les délices japonais ... j'ai nommé le coiffeur ...

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Utamaro - "La coiffeuse" - série "douze professions féminines"

Une histoire de cheveux ... des dames de l'aristocratie aux courtisanes et autres geisha

La coiffure (kamigata) qui évolua parallèlement au kimono, permet de situer l'époque ou la classe sociale : les cheveux noirs de jais et longs étaient caractéristiques des femmes de l'aristocratie et des dames de la cour pendant la période de Heian, alors que les femmes des classes inférieures portaient les cheveux noués pour des raisons pratiques.

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Hokusaï - "La poétesse Ono No Komachi"

C'est pendant la période d'Edo que naquirent les coiffures féminines les plus séduisantes, celles des courtisanes et, plus tard, des geisha.

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Les geisha portent des chignons compliqués, reproduisant les coiffures de l'ère d'Edo. Ces coiffures imposent des heures d'arrangement et bien sûr d'avoir des cheveux longs ou très longs. Comme elles doivent changer de coiffure à chaque danse, elles ont adopté, dans les années 60, le port de la perruque, ou katsura, toujours faits de vrais cheveux et donc très chers. La coiffure de "shimada" est la plus connue. Le shimada de taka est un chignon haut, porté par les plus jeunes. Le shimada de tsubushi est plus plat, et porté par les geishas plus âgées. Pour ne pas abîmer leur coiffure en dormant, les geishas dormaient la tête posée sur un banc de bois assez élevé, ce qui était relativement inconfortable. Les cheveux exigent un travail constant. Les geisha modernes portent des perruques, mais qui doivent elles aussi être très travaillées. Mais certaines encore continuent à coiffer leurs cheveux à l'huile de camomille.

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Un salon nommé "Concombre" ... où le récit d'une délicieuse séance chez un coiffeur japonais

Comme j'avais du temps avant de prendre possession de ma chambre d'hôtel dans le quartier de Saïn à Kyoto, je décidai de profiter de ce temps libre pour rafraîchir ma coupe de cheveux (je porte, depuis quelques années, les cheveux très très courts, ce qui nécessite un entretien très fréquent ...) et, par la même occasion, tenter l'expérience d'une séance dans un salon de coiffure japonais.
Le quartier de Saïn n'est pas touristique, ce qui permet de se rendre dans des établissements qui ne sont généralement fréquentés que par les Japonais. A quelques pas de mon hôtel, je trouvai donc un salon de coiffure qui me sembla relativement moderne, à l'enseigne "Concombre" ...
Aucun des employés ne parlant anglais et ne connaissant du français que le fameux "Concombre" dont ils ignoraient sans doute la signification, je réussis, tant bien que mal, à expliquer que je souhaitais une coupe de cheveux. Ma requête eut l'air de les étonner, car au Japon, les cheveux ne se portent pas aussi courts, enfin rarement, peut être chez les bonzesses en fait ...
Après maints OK, courbettes et sourires de convenance, on m'installa avec délicatesse pour le shampoing sur un fauteuil où je passai, en deux temps, trois mouvements, de la position assise à la position allongée, ma tête reposant sur le bac de shampouinage. Après qu'une petite pièce de tissu fut déposée sur mon visage (pour éviter tout risque de projection) j'eus droit à une quinzaine de minutes de shampouinage, rinçage et massage du cuir chevelu et de la nuque ... un délicieux moment de relaxation.
Après une coupe minutieuse (ah, la précision nippone !!) retour au bac à shampoing pour une nouvelle séance identique à la première avec, en plus, un massage du cuir chevelu avec une lotion camphrée et un massage du visage ... j'étais tellement relaxée que j'ai dû commencer à m'endormir ...
Enfin, après cette délicieuse séance d'environ dix minutes, je passai au séchage qui, vu les quelques millimètres de cheveux qui restaient sur ma tête, fut de courte durée. J'étais si détendue que j'avais l'impression de flotter sur des nuages - de n'avoir pas encore atterri - quand deux mains fermes et expertes se sont mis à me masser vigoureusement la nuque, les épaules et le dos ... pour me réveiller, sans doute !!
J'avoue que j'y ai pris goût ; chaque fois que je vais au Japon, je me réserve au moins deux visites chez le coiffeur. Si je me souviens bien, shampoing, coupe et tout le toutim ont dû me coûter 20 euros environ, pour une séance de plus d'une heure, et quelle séance !
Vous l'aurez compris, si vous allez au Japon, ne vous privez pas d'un petit passage chez un coiffeur japonais, hors des quartiers touristiques de préférence, car sinon vous risquez de tomber sur un salon de type occidental (ça m'est arrivé l'été dernier et j'ai été un peu déçue par la prestation) et, pour les messieurs, vous aurez droit en plus à un nettoyage des oreilles (du type ramonage paraît-il ...), à un désherbage des poils du nez
et des oreilles et, si vous le désirez, à un rasage à l'ancienne !

coupe__japon

En ce moment ... je crois que j'aurais bien besoin d'une bonne séance chez le coiffeur japonais ... ma coiffeuse locale est bien asiatique, mais vietnamienne !

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Posté par asiemutee à 19:59 - Clichés du Japon - Commentaires [21] - Permalien [#]
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