lundi 28 décembre
Artistes de rue au parc Ueno ...
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Le directeur les aimait d'un amour fervent. Mais il n'entendait pas relâcher les corrections dont était passible tout novice. Il lui semblait que plus ses corrections étaient rigoureuses, plus elles imprimaient de belles nuances à leur vie d'artistes de cirque, constamment en proie au danger, à la précarité et à une détresse sans issue.
Il avait l'habitude de voir la piste de derrière le rideau, quand il se retirait après avoir salué le public.
Entre la fumée de cigarettes et la buée de la respiration, la piste était enveloppée dans une brume dorée. Les milliers de spectateurs paraissaient solennels. Par-dessus leurs têtes s'étendait un espace souillé, sombre et vaste. C'était l'univers du cirque : dans les moindres recoins, ils se plaçaient aussitôt et installaient des étoiles scintillantes. A cause du vent qui soufflait à travers la toile, cet espace semblait flottant, il enflait dans les ténèbres et ondoyait. Comme des poissons des mers profondes, un homme et une femme, vêtus de papier d'argent et de fer-blanc coloré, s'élevaient par moment dans les hauteurs. Alors, de cette foule opaque des abîmes, montait un brouhaha joyeux qui déchirait les tympans.
Tout là-haut, le miracle s'accomplissait avec une modestie et une retenue étranges. L'homme et la femme à demi nus esquissaient une étreinte furtive et merveilleuse, comme deux dieux. Après quoi, le trapèze sombre aux cordes interminables oscillait en entraînant paresseusement le temps trouble de ces hauteurs. Pour toujours.
Par une fissure au faîte du chapiteau, on devait percevoir la mer, mais personne ne l'a jamais vue. Personne ne l'a vue, mais on dit que, la nuit au clair de lune, la surface de la mer scintille comme un maquereau. A travers cette fente, le clair de lune filtrait de temps à autre. Pour la séance du soir, le dimanche, quand la trapéziste s'élevait, son cache-coeur se nuançait de délicates lueurs pâles.
Dans l'orchestre éclatèrent soudain les sonorités stridentes des trompettes.
Le garçon et la fille entraient en piste.
La fille portait plusieurs jupons de tulle superposés, aux broderies brillantes. Ses pieds nus étaient chaussés de souliers argentés à l'éclat inquiétant. Le garçon était vêtu en prince, d'un manteau de velours violet émaillé de petits miroirs en forme d'étoile. Sur un justaucorps en mailles argentées, censé représenter une armure, il arborait sur la poitrine, un blason orné d'un lys écarlate.
Main dans la main, ils se précipitèrent au centre pour esquisser de ravissantes révérences, avec des gestes de mimes.
Le public applaudit en poussant des cris d'enthousiasme délirant. Le directeur vit que des larmes attendries brillaient dans les yeux des spectateurs.
P., redressant les épaulettes de son gilet rayé jaune et noir, tapota dans le dos du directeur d'un air fier.
Ce dernier ne répondit pas. Car, tout comme les spectateurs, il affichait une expression extatique, la bouche entrouverte. Ses yeux brillaient de cette sympathie que le spectacle d'un être humain peut inspirer à un autre être humain.
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Extrait d'Une matinée d'amour pur de Yukio MISHIMA (Le cirque)
Photos prises au parc Ueno (Tokyo) en mai 2009
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samedi 26 décembre
La langue inconnue ...
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Le rêve : connaître une langue étrangère (étrange) et cependant ne pas la comprendre : percevoir en elle la différence, sans que cette différence soit jamais récupérée par la socialité superficielle du langage, communication ou vulgarité ; connaître, réfractées positivement dans une langue nouvelle, les impossibilités de la nôtre ; apprendre la systématique et l'inconcevable ; défaire notre "réel" sous l'effet d'autres découpages, d'autres syntaxes ; découvrir des positions inouïes du sujet dans l'énonciation, déplacer sa topologie ; en un mot, descendre dans l'intraduisible, en éprouver la secousse sans jamais l'amortir, jusqu'à ce qu'en nous tout l'Occident s'ébranle et que vacillent les droits de la langue paternelle, celle qui nous vient de nos pères et qui nous fait à notre tour, pères et propriétaires d'une culture que précisément l'histoire transforme en "nature".
Extrait de l'Empire des signes de Roland BARTHES
Photos prises à Ueno (Tokyo) en mai 2009
Enfant, j'aimais à m'inventer des langues que moi seule comprenais ; inversement, j'aimais aussi écouter des langues que je ne comprenais pas. Adulte, je n'invente plus de langue, mais j'aime toujours écouter une langue étrangère inconnue - comme le japonais - même si quelques mots me sont maintenant devenus familiers.
Etrangement, j'ai besoin de cette incompréhension pour me sentir totalement dépaysée, pour m'évader, retrouver une certaine sérénité. Quitte à paraître encore plus saugrenue, je regarde aussi des films japonais non sous-titrés, d'Ozu notamment ... pas plus tard qu'hier d'ailleurs j'ai regardé Still Walking le magnifique film de Kore-Eda Hirokazuen dans sa version originale. Les attitudes, les expressions et les silences en disent souvent bien plus long que de grands discours ... non ?
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dimanche 13 décembre
Des millions de corps ...
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Un Français (sauf s'il est à l'étranger) ne peut classer les visages français ; il perçoit sans doute des figures communes, mais l'abstraction de ces visages répétés (qui est la classe à laquelle ils appartiennent) lui échappe. Le corps de ses compatriotes, invisible par situation quotidienne, est une parole qu'il ne peut rattacher à aucun code ; le déjà vu des visages n'a pour lui aucune valeur intellectuelle ; la beauté, s'il la rencontre, n'est jamais pour lui une essence, le sommet ou l'accomplissement d'une recherche, le fruit d'une maturation intelligible de l'espèce, mais seulement un hasard, une protubérance de la platitude, un écart de la répétition. Inversement, ce même Français, s'il voit un Japonais à Paris, le perçoit sous la pure abstraction de sa race (à supposer qu'il ne voie simplement en lui un Asiatique) : entre ces très rares corps japonais, il ne peut introduire aucune différence ; bien plus : après avoir unifié la race japonaise sous un seul type, il rapporte abusivement ce type à l'image culturelle qu'il a du Japonais, telle qu'il l'a construite à partir, non point même des films, car ces films ne lui ont présenté que des êtres anachroniques, paysans ou samouraïs, qui appartiennent moins au "Japon" qu'à l'objet : "film japonais", mais de quelques photographies de presse, de quelques flashes d'actualité : et ce Japonais archétypique est assez lamentable : c'est un être menu, à lunettes, sans âge, au vêtement correct et terne, petit employé d'un pays grégaire.
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Au Japon, tout change : le néant ou l'excès de code exotique, auxquels est condamné chez lui le Français en proie à l'étranger (dont il ne parvient pas à faire de l'étrange), s'absorbe dans une dialectique nouvelle de la parole et de la langue, de la série et de l'individu, du corps et de la race (on peut parler à la lettre de dialectique, puisque ce que l'arrivée au Japon vous dévoile, d'un seul et vaste coup, c'est la transformation de la qualité par la quantité, du petit fonctionnaire en diversité exubérante). La découverte est prodigieuse : les rues, les magasins, les bars, les cinémas, les trains déplient l'immense dictionnaire des visages et des silhouettes, où chaque corps (chaque mot) ne veut dire que lui-même et renvoie cependant à une classe ; ainsi a-t-on à la fois la volupté d'une rencontre (avec la fragilité, la singularité) et l'illumination d'un type (le félin, le paysan, le rond comme une pomme rouge, le sauvage, le lapon, l'intellectuel, l'endormi, le lunaire, le rayonnant, le pensif) source d'une jubilation intellectuelle, puisque l'immaîtrisable est maîtrisé. Immergé dans ce peuple de cent millions de corps (on préfèrera cette comptabilité à celle des "âmes"), on échappe à la double platitude de la diversité absolue, qui n'est finalement qu'une répétition pure (c'est le cas du français en proie à ses compatriotes) et de la classe unique, mutilée de toute différence (c'est le cas du Japonais petit fonctionnaire, tel qu'on croit le voir en Europe).
Cependant, ici comme dans d'autres ensembles sémantiques, le système vaut par ses points de fuite : un type s'impose et néanmoins ses individus ne sont jamais trouvés côte à côte ; à chaque population que le lieu public vous découvre, analogue en cela à la phrase, vous saisissez des signes singuliers mais connus, des corps neufs mais virtuellement répétés ; dans une telle scène, jamais à la fois deux endormis ou deux rayonnants, et cependant l'un et l'autre rejoignent une connaissance : le stéréotype est déjoué mais l'intelligible est préservé.
Ou encore - autre fuite du code - des combinaisons inattendues sont découvertes : le sauvage et le féminin coïncident, le lisse et l'ébouriffé, le dandy et l'étudiant, etc., produisant, dans la série, des départs nouveaux, des ramifications à la fois claires et inépuisables.
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On dirait que le Japon impose la même dialectique à ses corps qu'à ses objets : voyez le rayon des mouchoirs dans un grand magasin : innombrables, tous dissemblables et cependant nulle intolérance à la série, nulle subversion de l'ordre.
Ou encore les haïku : combien de haïku dans l'histoire du Japon ? Ils disent tous la même chose : la saison, la végétation, la mer, le village, la silhouette, et cependant chacun est à sa manière un évènement irréductible.
Ou encore les signes idéographiques : logiquement inclassables, puisqu'ils échappent à un ordre phonétique arbitraire mais limité, don mémorable (l'alphabet) et cependant classés dans les dictionnaires, où ce sont - admirable présence du corps dans l'écriture et le classement - le nombre et l'ordre des gestes nécessaires au tracé de l'idéogramme qui déterminent la typologie des signes.
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De même les corps : tous japonais (et non : asiatiques), formant un corps général (mais non pas global, comme on le croit de loin), et pourtant vaste tribu de corps différents, dont chacun renvoie à une classe, qui fuit, sans désordre, vers un ordre interminable ; en un mot : ouverts, au dernier moment, comme un système logique.
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Le résultat - ou l'enjeu - de cette dialectique est le suivant : le corps japonais va jusqu'au bout de son individualité (comme le maître Zen, lorsqu'il invente une réponse saugrenue et déroutante à la question sérieuse et banale du disciple), mais cette individualité ne peut être comprise au sens occidental : elle est pure de toute hystérie, ne vise pas à faire de l'individu un corps original, distingué des autres corps, gagné par cette fièvre promotionnelle qui touche tout l'Occident. L'individualité n'est pas ici clôture, théâtre, surpassement, victoire ; elle est simplement différence, réfractée, sans privilège, de corps en corps. C'est pourquoi la beauté ne s'y définit pas, à l'occidentale, par une singularité inaccessible : elle est reprise ici et là, elle court de différence en différence, disposée dans le grand syntagme des corps.
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Extrait de "L'empire des signes"
de Roland BARTHES
Photos prises à Shibuya en mai 2009
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Brillant sémiologue, Roland BARTHES a trouvé au Japon un lieu tout naturel pour ses interrogations sur les signes ... et a écrit cet ouvrage indispensable à qui essaie de comprendre le Japon, les Japonais, l'autre ... La lecture n'en est pas toujours très compréhensible pour la profane que je suis, mais même lorsque l'on a l'impression de ne rien capter, il reste toujours cette part de l'écriture de BARTHES qui s'adresse directement aux sens, à un sixième sens proche de l'inconscient ...
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vendredi 02 octobre
Le parc d'attraction d'Hanayashiki ... là où le temps suspend son vol ...
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Le parc d'attraction d'Hanayashiki se trouve derrière le Senso-ji à Asakusa. Transformé en parc d'attraction depuis 1947, il a abrité auparavant un jardin botanique et un zoo (Kawabata en parle dans "Chroniques d'Asakusa").
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"Mina allait tous les jours à l'école primaire Y a dos de Pochiko, l'hippopotame nain.
C'est à cause de sa santé qu'elle n'allait pas à l'école primaire privée de Kobe que son frère aîné Ryuichi avait fréquentée. Qu'il s'agisse de l'autobus scolaire ou de la Mercedes, l'odeur des gaz d'échappement était un des facteurs de ses crises. L'école Y avait été choisie parce qu'elle était la plus proche de la maison et que les allers et retours n'étaient pas une trop lourde charge. Elle se trouvait à environ vingt minutes de marche si l'on franchissait le pont Kaimori au-dessus de l'Ashiya. Le seul problème était la forte déclivité.
Avant d'entrer à l'école primaire, mon oncle avait négocié avec le directeur de l'école pour obtenir la permission que Mina fasse les allers et retours sur le dos de Pochiko. Il paraît que le directeur avait testé lui-même pour savoir si Pochiko était docile et si elle n'attaquait pas les gens. Il avait fait exprès de crier, de jeter ça et là des tranches de pain de la cantine et de lui tirer les oreilles, mais Pochiko avait conservé son calme en se contentant de renifler d'un air agacé. Elle avait passé le test avec succès.
C'est mon oncle qui avait fabriqué, en multipliant les essais et les échecs, les différents éléments pour transformer Pochiko en moyen de transport. Il avait utilisé comme selle une chaise de bébé dont il avait coupé les pieds, une ceinture comme collier et une cordelière et son gland d'embrasse de rideau comme laisse. Il avait réussi à réaliser la première selle pour hippopotame nain au monde. Le matin, monsieur Kobayashi installait Mina sur Pochiko pour l'emmener à l'école et après la classe, ils allaient l'attendre à la sortie. C'était devenu une habitude.
Alors qu'il y avait une Mercedes aussi magnifique, je pensais que c'était dommage, mais je changeai d'avis aussitôt. Puisque Pochiko avait coûté le prix de dix Mercedes, Mina utilisait le véhicule le plus coûteux de la maison."
La marche de Mina
Yoko OGAWA
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mardi 29 septembre
Liberté de Tokyo ... un texte de Claude Lévi-Strauss ...
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Nul besoin de présenter Claude Lévi-Strauss (né en 1908). Peu de gens en revanche connaissent l'amour du grand anthropologue pour le Japon, où il est venu à cinq reprises et qui joue dans sa pensée un rôle discret mais important. Dans un texte rare, d'abord paru en japonais dans la revue Tokyo-jin, il révèle le plaisir et l'intérêt qu'il ressent à s'enfoncer dans les rues de la capitale, la diversité folle de cette ville et de ses habitants et l'extraordinaire sensation de liberté qu'on peut y éprouver.
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"Lors de ma première visite au Japon, en 1977, mas amis, même japonais, m'avaient mis en garde. Que je n'aille surtout pas juger le Japon par Tokyo : ville surpeuplée, anarchique, sans beauté, écrasante par son gigantisme, entièrement reconstruite après les bombardements de 1945, traversée en tous sens par des voies express surélevées qui se croisent dans le vacarme à des niveaux différents ...
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Mes promenades me donnèrent une tout autre impression. La ville, bouillonnante de vie, me parut respirer la jeunesse. Les coloris clairs et variés des bâtiments entretenaient la gaîté. La liberté avec laquelle étaient implantées les maisons et autres édifices me changeait agréablement des rues européennes où les maisons, alignées et soudées les unes aux autres, enferment le passant entre des murailles de pierre. A Tokyo, les constructions, détachées de leurs voisines, diversement orientées; ménageaient d'amusants contrastes de perspective. Même au coeur de la ville, elles proposaient au passant des recoins plus tranquilles, des petits havres de paix ...
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Surtout, je me suis aperçu qu'il suffisait de quitter les grandes artères et de s'enfoncer dans des voies transversales pour que tout change. Très vite, on se perdait dans des dédales de ruelles ou des maisons basses, disposées sans ordre, restituaient une atmosphère provinciale. Le jardinet qui les flanquait pouvait être minuscule : le chois et l'arrangement des plantes n'en témoignaient pas moins le goût et l'ingéniosité des habitants. Ces demeures particulières entourées de végétation logeaient peut-être des gens de condition moyenne : je me faisais la réflexion qu'à Paris, elles eussent représenté un luxe accessible seulement aux plus riches. En parcourant Tokyo, j'étais moins heurté par la brutalité des quartiers d'affaires que charmé de voir coexister ces contrastes urbains. J'admirais et j'enviais cette faculté encore laissée aux habitants d'une des plus grandes villes du monde, sinon même la plus grande, de pouvoir pratiquer des styles de vie si différents."
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Ce texte de Claude Lévi-Strauss, intitulé "Aux habitants de Tokyo" est extrait de l'ouvrage "Le goût de Tokyo". Certes, depuis les années 1970 les conditions économiques ont changé et l'auteur ne serait sans doute plus si optimiste. Pourtant, ces endroits, ces maisons, subsistent ; pour combien de temps encore ?
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samedi 26 septembre
Roggongi Hills ... arachnophobes s'abstenir ...
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La tour Mori, située dans le quartier de Roppongi, fait partie de l'immense complexe Roppongi Hills. Outre ses galeries commerciales, le luxueux Virgin Toho cinemas qui possède le plus grand écran du Japon, des restaurants, la Mori Tower est un des lieux les plus fréquentés, notamment pour son musée qui se situe au sommet de la tour (52° étage) et pour sa vue à 360° sur Tokyo.
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La sculpture "Maman", la très freudienne araignée de Louise Bourgeois
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"De l'autre côté de la porte se trouvait l'endroit réservé aux bêtes, où elles passaient la nuit. Comme il y coulait un ruisseau, elles ne manquaient pas d'eau à boire. Au-delà du ruisseau s'étendait à perte de vue une épaisse forêt, jusqu'à l'horizon comme la mer.
Trois tours de guet avaient été édifiées sur la muraille à l'ouest. On pouvait y accéder par des échelles. Un toit tout simple protégeait de la pluie, et les fenêtres treillagées de fer permettaient de voir les animaux en contrebas.
- A part toi, personne ne vient regarder les bêtes, dit le gardien. Bah, c'est normal, tu viens à peine d'arriver, mais quand tu auras vécu quelques temps ici et que tu seras normalisé, tu ne t'intéresseras plus aux bêtes. Comme tous les autres. Sauf la première semaine du printemps, là c'est différent, hein.
Le gardien m'expliqua qu'à la première semaine du printemps les gens montaient aux tours de guet pour voir les bêtes se battre. A cette période-là seulement - précisément cette semaine-là - juste avant la mue et la mise à bas des femelles, les mâles devenaient d'une férocité inimaginable chez de si paisibles animaux et s'écharpaient mutuellement. Et de cette énorme quantité de sang répandue sur la terre naissait un nouvel ordre, une nouvelle vie.
Mais les bêtes d'automne, silencieusement blotties chacune dans son coin, laissaient luire leur long pelage doré dans le soleil couchant. Immobiles comme des statues clouées au sol, le cou tendu, elles attendaient que sombre dans l'océan vert des pommiers le dernier rayon de lumière. Le soleil ne tardait pas à se coucher et, quand leurs corps disparaissaient sous les ténèbres bleutées de la nuit, elles courbaient la tête et fermaient les yeux, laissant retomber à terre leur unique corne blanche.
Ainsi finissaient les journées dans la ville."
La fin des Temps
Haruki MURAKAMI
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mercredi 16 septembre
Le combat des dieux vivants du Kokugikan ...
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"Au tournoi de septembre à Tokyô, juste après mes dix-huit ans, je me sentis prêt à débuter car j'atteignais une bonne synchronisation de mon état mental et de mes performances physiques. Pendant quinze jours, à raison d'un combat par jour, je me promis de prouver que Shomintsu n'avait pas gâché son temps avec moi.
Le premier jour, j'affronte un lutteur redouté, court mais lourd, qui compte sur la force de son impact pour vaincre. Je résiste à sa poussée, je recule, mains cramponnées à sa ceinture, soudain, je sens sous mon pied la limite du doyo, je pivote alors à droite, la masse passe devant moi, tel un obus projeté du fond de la salle, il hurle, il s'écrase. On m'acclame.
Le deuxième jour, je devine, lorsque nous nous précipitons l'un vers l'autre, que mon adversaire est plus agressif que moi. Décidant de ne pas me laisser contaminer par sa haine, je le considère comme un pur problème technique, un jouet mécanique à ressorts, j'encaisse ses petits coups frappés du plat de la main, je réduis l'amplitude de ses bras en coinçant ses épaules avec mes coudes puis j'envoie une brusque secousse à sa jambe droite : il tombe.
Le jour suivant, je ne peux pas lutter contre la poussée d'un adversaire hors norme - plus de deux mètres, plus de deux cents kilos. En une ruée et une prise à la poitrine, il m'expulse.
Le lendemain, un nouveau colosse se jette sur moi. Or j'ai réfléchi : les très grands hommes ont généralement un point faible, l'équilibre précaire, lequel vient de leurs jambes hautes et de leurs genoux fragiles. Je joue donc de rapidité ; vif, saccadé, nerveux, je glisse tel un goujon autour de lui ; déstabilisé, il me cherche du regard ; trop tard, il est à terre.
Les jours suivants, les spectateurs autant que les professionnels s'intéressent à moi. On attend mes combats, on les redoute; on les espère, je deviens l'étoile montante du sumô. Pour ce qui est des facteurs physiques - vitesse, poids, force - je rentre dans la moyenne basse ; en revanche, je surprends par mon adaptabilité à l'adversaire ; parfois rusé, je frappe dans mes mains afin qu'il cligne des paupières, instant dont je profite pour lui attraper la ceinture ; parfois puissant, je le soulève en l'air. En quelques jours, la légende court que je suis brillant, virtuose, imprévisible. En réalité, cela vient de ma concentration. A chaque occasion, je plane au-dessus du ring, de moi et, par une sorte d'intuition, de la scène, j'agis juste. Si le combat dure, je me concentre sur le souffle et la peau de l'autre ; dans son souffle, je guette la déficience puis j'attaque ; au frémissement de sa peau, je devine la décision et je la contre. Parce que je mets ma conscience en haut, le corps de mon adversaire devient minuscule, puis, parce que j'en suis convaincu, son poids devient celui d'un ballot de paille. Désormais, j'adore grimper sur le ring ; dans ce cercle de quatre mètres cinquante-cinq, mille possibilités de perdre ou mille possibilités de gagner, cela dépend de moi, de l'ennemi, de notre intelligence des situations et - un peu - du hasard. C'est la scène de la vie. C'est la vie. J'ai envie de vivre.
A l'issue du tournoi, je collectionnais plus de victoires que de défaites, les yeux se braquaient sur moi : j'allais changer de catégorie et gravir les échelons dans la hiérarchie des sumô. Une association de mes supporters venait de se créer.
Avec mes camarades et mon idole Ashoryu, qui venait de se retirer du métier en coupant ses cheveux, je fêtai ce progrès toutes les nuits pendant une semaine.
Le dimanche suivant, au matin, je me réveillai comblé, pliai mes affaire, nettoyai ma chambre et me présentai devant mon mentor. Le chant de la bouilloire m'accueillit dans la pièce vide où trônait un bouquet de fleurs.
- J'arrête, maître Shomintsu. Je ne monterai plus sur le doyo.
- Pourquoi ? Tu pèses quatre-vingt-quinze kilos et tu y arrives enfin.
- Comme vous le dites : j'y arrive ! Le but, c'était d'y arriver. A m'étoffer, à me dominer, à me qualifier dans un tournoi. Cependant, mon but n'a jamais été de devenir un champion, encore moins le champion des champions. Ai-je tort ?
- Toi seul le sais.
- Vous avez répété que vous voyez un gros en moi, pas un champion.
- Tu m'as entendu.
- Le gros en moi, ça y est, je le vois : le gros ce n'est pas le vainqueur des autres, mais le vainqueur de moi ; le gros, c'est le meilleur de moi qui marche devant moi, qui me guide, m'inspire. Ca y est, je vois le gros en moi. Maintenant, je vais maigrir et entreprendre des études pour devenir médecin.
Son visage se tendit de plaisir.
- Merci, maître, de m'avoir remis sur le chemin, de m'avoir montré que j'étais capable d'y marcher.
- Tu as raison, Jun. Le but, ce n'est pas le bout du chemin, c'est le cheminement.
Eric-Emmanuel SCHMITT
Le sumo qui ne pouvait pas grossir
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Au-dessus du dohyô (ring) est suspendue une structure en bois évoquant la toiture d'un temple shintô. Des glands de différentes couleurs, représentant les quatre saisons, sont suspendus à ses extrémités.
Jeter du sel afin de purifier le ring et la rencontre est issu d'un rituel complexe auquel se soumet le sumô avant le combat (images de la TV Japonaise).
Toujours le rituel shintô de la purification par l'eau. Les premiers combats remontent à plus de 1500 ans. Ils se déroulaient dans l'enceinte des temples shintô et étaient accompagnés de musiques et danses sacrées. Rapidement, la cour impériale organisa chaque année des tournois. C'est sous son contrôle que les règles sont élaborées et que le sumô prend sa forme actuelle.
Les combats se déroulent sur un tertre carré de terre battue : le dohyô ; en son centre est dessinée une arène circulaire de 4,55 m de diamètre, délimitée par des ballots en paille de riz (tawara).
Les lutteurs entrent sur le dohyô, se saluent et s'accroupissent face à face au centre du ring. Prêts à l'attaque, ils se fixent intensément : c'est le shikiri, un moment de concentration avant le combat.
Pour gagner, le lutteur doit soit pousser son adversaire hors du cercle, soit lui faire toucher le sol. Les lutteurs engagent parfois le combat par un tsuppari ou un hikate (coups portés du plat de la main). Cette charge comporte des risques mais elle peut être dévastatrice et se conclure par un oshidashi : l'adversaire est projeté hors de l'arène. Mais généralement les sumôtori restent genoux fléchis et s'efforcent de saisir rapidement la ceinture de leur adversaire. Une bonne prise à la ceinture offre de nombreuses possibilités, la plus artistique étant de se saisir de son adversaire d'une seule main et de le faire tomber sur le dos. La prise la plus "honorable" est le yorikiri : le lutteur attrape la ceinture de son adversaire à deux mains et le soulève pour le faire basculer. La prise tsurudashi est encore plus spectaculaire : le gagnant porte littéralement le vaincu hors de l'arène !
Les lutteurs sont classés en catégories, selon leur talent et le nombre de leurs victoires. Le rang le plus élevé de la hiérarchie est celui de yokozuna "grand champion". Il y a rarement plus de quatre yokozuna en activité en même temps. Ensuite viennent les ozeki, puis, par ordre décroissant, les seki-wake, les komusubi et la masse des mae-gashira.
Si un rikishi (lutteur) se signale par huit victoires au minimum, sur les quinze rounds d'un tournoi, il passe automatiquement dans la catégorie supérieure. A l'inverse, en cas de makekoshi (huit défaites et plus), il est rétrogradé.
Lors des combats qui se déroulent le soir, les sumôtori se présentent au public revêtus d'un tablier de cérémonie et d'une ceinture de chanvre blanc tressée, orné de bandes de papier blanc plié comme dans les sanctuaires shintoïstes.
Les tournois (basho) commencent le matin dès 10 heures. C'est à peu près l'heure à laquelle j'ai assisté à ces combats et la raison pour laquelle il y a peu de monde. Le billet était valable jusqu'au soir, mais je me voyais mal y passer la journée, même si on peut s'y restaurer ... En effet, les maisons de thé fournissent boissons, restauration et souvenirs ... Le soir, la salle est comble, on y vient pour voir, mais aussi pour se faire voir, surtout si on peut s'offrir les places les plus recherchées - au bord du ring - places avec un tatami pour quatre personnes qui coûtent environ 30.000 yens par personne.
Dès 10 heures, donc, s'affrontent tout d'abord les lutteurs de troisième division (makushita "dessous le rideau"). Vers 15 heures commencent les combats de deuxième division (juryô). Viennent ensuite les lutteurs de première division (makumouchi "à l'intérieur du rideau").
J'allais oublier de vous présenter le personnage central du tournoi, le gyoji (arbitre), vêtu du costume traditionnel de la cour impériale et son fameux éventail qui signale le début du combat.
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vendredi 11 septembre
Ryôgoku ... le village des lutteurs de sumô ...
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Les bannières à l'entrée du stade Ryôgoku Kokugikan sont hissées pour le grand tournoi annuel de mai. La fédération de sumô organise six tournois (o-zumô) par an, de quinze jours chacun : trois à Tokyô (en janvier, mai et septembre), les trois autres à Osaka (en mars), Nagoya (en juillet) et Fukukuoka (en novembre). Le grand rendez-vous des sumôtori est celui du Ryôgoku Kokugikan de Tokyô.
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Le tournoi est très largement retransmis par les chaînes locales et nationales. Ici, une vue d'ensemble du Kokujikan
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Les écuries de sumô (beya) sont installées près du stade ce qui permet aux lutteurs de sumô d'arriver à pied, simplement vêtus d'un yukata (kimono de coton léger) et de geta (sandales de bois).
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Vers l'âge de 15 ans, les jeunes garçons sont acceptés dans une beya et quittent leur famille. Sélectionnés pour leur force et leur taille, les lutteurs (rikishi) sont soumis à un entraînement intensif et à une discipline de vie spartiate. La société du sumô est extrêmement hiérarchisée : les nouveaux venues servent les lutteurs aînés, nettoient et font la cuisine pour toute l'écurie. Leur entraînement peut commencer dès 4 heures du matin, les plus anciens arrivant à 6 heures. Cette vie exténuante se déroule au sein d'une société et d'une culture que peu d'étrangers ont pu pénétrer.
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Le plat des lutteurs de sumô : le chanko nabe, un ragoût abondant et très calorique : 3 kg de poisson, 2 poulets entiers, 2 kg de viande de boeuf, 12 oeufs, 2 kg de fèves ...
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La plupart des lutteurs de sumô adultes pèsent entre 110 et 150 kg. Mais ce ne sont pas tous des montagnes de chair, certains, même des champions, ne peuvent peser que 90 kg ...
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"Apprendre est agréable. Désapprendre l'est moins. Devenu aspirant sumô, je mesurais combien les apparences étaient trompeuses. Depuis que j'étais entré à l'école de Shomintsu - certains disent l'écurie de Shomintsu - une des plus renommées parmi la cinquantaine existant au Japon, je ne cessais de crever mes illusions.
Première fausse idée : manger vous engraisse. Logique non ? Un veau, il s'empâte dès qu'on le gave ; un sac, il s'enfle de ce qu'on dépose en lui ; moi pas ! Moins qu'un sac, moins qu'un veau. J'avais beau me lever à trois heures pour avaler douze oeufs durs avant de me rendormir, puis enchaîner à partir de cinq heures six repas au cours de la journée, six collations qui mêlaient riz gluant, soupes riches, viande rouge, poissons gras, je ne parvins, en quelques mois, qu'à avoir l'air normal, remplumé : si je cessai d'avoir la peau agrippée aux os ou les articulations trop anguleuses, je conservai ma taille de pantalon, je n'épaissis pas. Constamment nauséeux, fatigué par une digestion sans répit, j'étais dégoûté, dégoûté de moi, dégoûté de la nourriture. Au début, j'attribuai mon échec au fait que je vomissais ; cependant, après trois mois, ma technique d'absorption s'améliora, je sus enfin, lors d'un écoeurement, m'allonger sur le dos en respirant avec précaution pour contraindre mon estomac plein à digérer ; néanmoins la balance n'obéit pas à mes progrès, n'oscillant que d'une centaine de grammes. Je me sentis maudit ! Shomintsu m'expliqua alors que, dans mon cas, la bonne manière de forcir n'était pas de consommer mais de dépenser : je devais intensifier le sport, amorcer un programme de musculation.
Deuxième idée fausse : il suffit de vouloir pour pouvoir. Lorsque Shomintsu établit la liste de mes exercices avec les poids et les haltères, je me convainquis que j'y arriverais puisque je le voulais. Or mon esprit me joua mille coups tordus qui m'empêchèrent d'atteindre mon but, m'offrant toujours une bonne raison de différer l'entraînement, la fatigue, les maux de ventre, une douleur au coude, un coup de blues, une remarque qui m'avait déplu, une blessure reçue en combattant. Plus je persistais dans mon idée de devenir champion, plus j'apparaissais incapable d'accomplir ma volonté ; celle-ci s'avérait faible, minoritaire, dominée par des instances plus puissantes qu'elle, mes humeurs, ma déprime, ma lassitude, mes limites physiques. Ma volonté ne dirigeait pas le navire, elle restait un marin enfermé dans la cale sont personne n'écoutait les avis.
Troisième fausse idée : Shomintsu devait, selon moi, appartenir à la religion shinto comme la plupart des sumô depuis mille ans. En réalité, Shomintsu suivait la voix du bouddhisme zen. Il méditait des heures, assis en tailleur et il se rendait à l'occasion dans un jardin zen où il coulait une demi-journée.
Tant de démentis en une année ! Tant de convictions qui s'écroulaient ! Mes repaires glissaient, je marchais dans un cimetière d'idées mortes, parmi les tombes de mes anciennes croyances, ne sachant plus quoi penser.
- Tu penses mal, Jun ! m'avoua Shomintsu un jour en soupirant. D'abord, parce que tu penses trop. Ensuite, parce que tu ne penses pas assez.
- Je ne comprends pas : tu dis blanc et noir ensemble !
- Tu penses trop car tu interposes de la pensée entre le monde et toi ; tu bavardes plutôt que tu n'observes ; tu projettes des idées préconçues davantage que tu ne saisis les phénomènes. Au lieu de regarder la réalité telle qu'elle se présente, tu la vois à travers les lunettes teintées que tu te poses sur le nez ; évidemment, derrière des verres bleus, l'univers est bleu ; derrière des jaunes, le jaune domine ; derrière des rouges, l'écarlate tue les autres couleurs ... C'est toi qui appauvris ta perception parce que tu n'y vois que ce que tu y mets : tes préjugés. Rappelle-toi, lors du premier match de sumô auquel tu as assisté, le temps qu'il t'a fallu pour passer du mépris à l'admiration !"
Le sumô qui ne pouvait pas grossir
Eric-Emmanuel SCHMITT
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A suivre, les combats ... vous n'imaginiez tout de même pas que je ne me suis contentée que des coulisses !
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Merci de votre visite !
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mardi 08 septembre
Le cimetière de Yanaka ... là ou repose Natsume Sôseki ...
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Au-dessus de la petite gare de Sendagi, dans le quartier de Nippori, se trouve le cimetière de Yanaka. Quelle idée, penserez-vous, de visiter un cimetière, même si celui-ci est particulièrement prisé des visiteurs lorsque ces cerisiers sont en fleurs. Ce ne sont pas les cerisiers en fleurs qui m'ont guidée vers ce havre de paix, mais Natsume Sôseki, célèbre écrivain japonais, qui y repose en paix, tout comme le dernier shogun du Japon, Tokugawa Yoshinou ainsi que de nombreux héros de légendes populaires paraît-il, des assassins ou des victimes de doubles suicides amoureux ...
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Je n'ai pas trouvé la tombe de Sôseki, même si certains indices semblaient me mettre sur la voie ...
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un "Oreiller d'herbe" ...
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et ce chat, qui ne se trouvait sans doute pas là par hasard, puisque Sôseki est aussi l'auteur du roman satirique "Je suis un chat" ...
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Je gravissais un sentier de montagne en me disant : à user de son intelligence, on ne risque guère d'arrondir les angles. A naviguer sur les eaux de la sensibilité, on s'expose à se laisser emporter. A imposer sa volonté, on finit par se sentir à l'étroit. Bref, il n'est pas commode de vivre sur la terre des hommes.
Lorsque le mal de vivre s'accroît, l'envie vous prend de vous installer dans un endroit paisible. Dès que vous avez compris qu'il est partout difficile de vivre, alors naît la poésie et advient la peinture.
Le monde humain n'a été créé ni par les dieux ni par les démons. Après tout, ce ne sont que des personnes ordinaires, comme vos voisins immédiats. S'il est difficile de vivre dans ce monde humain que des hommes ordinaires ont créé, il ne devrait pas subsister de pays où s'installer. Il ne reste plus qu'à se rendre dans un pays sans hommes. Or, il doit être plus dur de vivre dans un pays sans homme que dans le monde humain.
Puisqu'il est difficile de vivre dans ce monde que l'on ne peut quitter, il faut le rendre un tant soit peu confortable, afin que la vie éphémère y soit viable, ne fût-ce qu'en ce laps de temps éphémère. C'est alors que se déclare la vocation du poète, c'est alors que se révèle la mission du peintre. Tout artiste est précieux car il apaise le monde humain et enrichit le coeur des hommes.
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Ce qui débarrasse de tout ennui ce monde, où il est difficile de vivre, et projette sous vos yeux un monde de grâce, c'est la poésie, c'est la peinture. Ou encore, c'est la musique et la sculpture. Pour être exact, il ne s'agit pas de projeter le monde. Il suffit d'y poser son regard directement, c'est là que naît la poésie et c'est là que le chant s'élève. Même si l'idée n'est pas couchée par écrit, le son du cristal résonne dans le coeur. Même si la peinture n'est pas étalée sur la toile, l'éclat des couleurs se reflète dans le regard intérieur. Il suffit de contempler le monde où l'on vit, et de contenir, avec pureté, et clarté, dans l'appareil photographique de l'esprit, le monde d'ici-bas, futile et chaotique. C'est pourquoi un poète anonyme qui n'a pas écrit un seul vers, un peintre obscur qui n'a pas peint une seule toile, sont plus heureux qu'un millionnaire, qu'un prince, que toutes les célébrités du monde trivial, car les premiers savent observer la vie, peuvent s'abstraire de toute préoccupation, sont en mesure d'entrer dans le monde de la pureté, de construire l'univers unique et de balayer les contraintes de l'égoïsme.
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Ayant vécu vingt ans en ce monde, je compris qu'il valait la peine d'y vivre. A vingt-cinq ans, j'ai eu la révélation que la lumière et les ténèbres étaient deux faces d'une même réalité et que partout où naît la lumière, de l'ombre tombe sur nous. Aujourd'hui, à trente ans, voici ce que je pense : ... Plus profonde est la joie, plus profonde est la mélancolie ; plus grand est le plaisir, plus grande est la souffrance. Si on veut les séparer, on ne tient pas le coup. Si on veut s'en défaire, c'est le monde qui vacille. L'argent est important et les choses importantes, si elles s'accumulent, nous poursuivent jusque dans notre sommeil. L'amour rend heureux, mais lorsque ce bonheur de l'amour augmente, on a la nostalgie du passé où l'on n'aimait pas encore. Un homme d'Etat porte sur les épaules des millions d'hommes. Il soutient sur le dos l'énorme poids du monde. On regrette de manquer d'exquis repas. Si l'on y goûte à peine, on n'est jamais rassasié. Et si l'on dévore jusqu'à satiété, on a de désagréables relents ...
Mes pensées avaient dérivé jusqu'à ce point, lorsque soudain mon pied droit glissa sur le rebord d'une pierre carrée branlante. Pour rétablir l'équilibre, j'avançai aussitôt le pied gauche, me stabilisai ainsi et me retrouvai fort heureusement assis sur une roche d'un mètre carré. Je n'eus aucun mal, sinon que je laissai échapper la boîte de peinture que je portais en bandoulière.
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Assis seul en silence
J'aperçois une lueur au fond de mon coeur
Il se passe trop de choses chez les hommes
Comment pourrais-je oublier ce monde intérieur ?
J'ai par hasard obtenu une journée de sérénité
J'ai compris cent ans d'agitation
Où pourrais-je garder cette nostalgie lointaine ?
Sinon dans le ciel vaste où règnent les nuages blancs
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Extraits de "Oreiller d'herbes"
de Natsume Sôseki
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jeudi 03 septembre
Tokyo fashion ...
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Capitale de la mode
Ce n'est pas la première fois que le Japon a ses excentriques : au XVIIème siècle, le grand romancier de moeurs Saikaku évoquait les kabukimono (ceux qui se contorsionnent), ces flambeurs des rues faisant frémir le bourgeois par leur comportement provocateur et leur accoutrement. Les "petites muses" de Shibuya, en rupture d'image avec la génération précédente, sont moins révolutionnaires qu'on ne peut le penser : dans les années 1920-1930, les moga (modern girl), coiffées à la garçonne, qui dansaient le fox-trot sur leurs talons aiguilles choquaient l'opinion par leur frénésie de vivre l'instant. L'insouciante Naomi du romancier Tanizaki (Un amour insensé), perverse et exhibitionniste, friande de jazz et de flirts, fut si représentative de ce genre de femmes qu'on parlait de "naomisme" pour désigner une génération dite "des sensations sans émotions". Mais la modern girl des années 1920, dont la grande dame de la littérature, la romancière Chiyo Uno (1897-1996), fut une
figure emblématique, était aussi porteuse d'idées progressistes :
l'émancipation de la femme. La jeune génération d'aujourd'hui, qu'il
s'agisse des Shibuyettes ou des jeunes lookés d'Harajuku, n'est ni revendicative ni rebelle. Elle n'est pas habitée par la fureur de vivre à la nippone des "tribus du soleil" des années 1950, ni par les idéaux révolutionnaires des contestataires des décennies suivantes, ou le nihilisme irrévérencieux des punks. Les vingt ans nippons ne contestent rien : ils ont un style. Ne sont-ils que cela ?
Philippe PONS
Extrait de la préface au livre de Ling Fei
"Jeunes Japonais, extravagance des corps"
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Les fameuses shibuyettes ...
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Le style Harajuku, à la limite du cosplay ...
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La demoiselle d'Omote sando a un petit air d'Isabelle Adjani ...
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L'anti fashion victim ... ou tout simplement une adepte du vintage ...
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"A agir de la sorte, sa garde-robe, en l'espace d'une année, s'accrut dans des proportions considérables. Dans l'impossibilité de ranger tout dans sa chambre, elle (Naomi) accrochait ses robes partout où c'était possible ou les roulait et posait n'importe où. Nous aurions pu acheter une commode ; mais avec cet argent-là nous voulions acheter encore plus de vêtements, et d'ailleurs, nos goûts étant ce qu'ils étaient, il n'était nullement nécessaire de rien conserver aussi précieusement. Elle en avait une quantité, mais aucun qui eût couté cher : de toutes façons, ils étaient vite hors d'usage et il était bien plus commode de les éparpiller en des endroits où nous en avions envie, sans oublier qu'ils contribuaient plus que tout autre chose à la décoration des pièces. L'atelier ressemblait à la garde-robe d'un théâtre ; il y en avait partout : sur les chaises, sur le canapé, dans les coins, même sur les marches de l'escalier et sur la rampe du palier des mansardes - pas un endroit qui n'eût reçu son lot, largué là avec la plus grande insouciance. Ajoutons que Naomi ayant la manie de plaquer les étoffes sur sa peau nue, comme on les lavait rarement, la plupart d'entre elles étaient fort sales.
Un grand nombre de ces accoutrements était taillé de façon si extravagante que seule la moitié environ d'entre eux, sans plus, pouvait être portée au-dehors."
Junichirô TANIZAKI
"Un amour insensé"
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