Le Japon d'Asiemutée

"Un chemin de mille lieux commence toujours par un premier pas" Lao Tseu Mon premier pas au Japon m'a été fatal ... je suis tombée sous le charme du pays du Soleil Levant, de sa culture, de ses paysages ... et je ne m'en suis pas encore relevée !!

05 septembre 2009

Le pied de Fumiko ...

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"Jeune femme prenant le frais sur une véranda" d'Utamaro

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Du fond d'une petite armoire il alla pêcher un vieux recueil d'estampes. Il l'ouvrit à une page dont le thème était le Gengi campagnard de Tanehiko. La gravure était signée Kunisada, si je me souviens bien.

Cette estampe représente une jeune femme, de cette beauté caractéristique de Kunisada, qui était exactement celle d'O-Fumi-san. Arrivée pieds nus des routes de campagne auprès d'un bâtiment inoccupé qui semble quelque vieux temple, elle est assise au bord d'une galerie extérieure, et essuie son pied avec une serviette. Son torse, tourné vers la gauche, tellement penché qu'il semble sur le point de tomber, est soutenu par un bras frêle. Le pied gauche prend appui sur le sol de la pointe de l'orteil et l'autre jambe est repliée. De la main droite elle s'essuie la plante du pied. Cette pose demandait une extraordinaire agilité d'exécution et montrait à quel point les peintres d'estampes d'autrefois étaient de fins observateurs des transformations gracieuses du corps féminin et quel intérêt profond ils lui portaient. Ce qui m'impressionna le plus était la manière équilibrée et si délicate de représenter la souplesse du corps au lieu de la maladresse à laquelle on aurait pu s'attendre, car tous les membres sont contorsionnés de façon extraordinairement compliquée. La femme est bien assise sur la galerie extérieure, mais dans une position instable. Comme je viens de le dire, le buste est si penché sur la gauche, tandis qu'elle plis la jambe droite dans une position dangereuse, qu'il suffirait de lui tirer légèrement le bras appuyé au sol pour lui faire perdre l'équilibre. Comme pour éviter ce risque, tous les muscles de ce corps délicat sont tendus comme un fil de fer imprimant à toutes les parties de sa personne un mouvement d'une beauté inexprimable. Ainsi, le plat de la main gauche qui supporte son épaule s'ouvre et adhère au plancher de la galerie extérieure, les cinq doigts comme pris d'une sorte de convulsion. De même, le pied gauche n'est pas mollement posé sur le sol, mais, preuve de l'énergie qui s'y investit, le gros orteil se recourbe en forme de bec d'oiseau.

Le mouvement évoqué avec le plus de subtilité est le rapport entre le pied droit fléchi vers l'extérieur et la main droite s'appliquant à l'essuyer. Une pareille position doit être nécessaire ; le pied droit étant retenu dans une torsion forcée par la main droite, il suffirait que celle-ci lâche prise pour que le pied se cogne brutalement contre le sol. La main doit donc tenir prisonnier le pied en même temps qu'elle l'essuie. Je ne pouvais m'empêcher d'admirer le talent et l'extraordinaire habileté du graveur. Alors qu'il aurait été tellement plus simple de retenir le pied en serrant le cheville ou en saisissant le cou-de-pied, le dessinateur avait sciemment introduit la main entre le quatrième et le troisième orteil de façon à soulever le pieds par les deux seuls petits doigts. Les deux orteils cherchaient à échapper à cette main ravissante et le genou fléchi frémissait de l'impatience sous l'effort refoulé.

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On ne pourrait affirmer qu'aucune physionomie au monde ne saurait être comparée à celle d'O-Fumi-san, mais un pied d'une forme aussi belle et aussi harmonieuse, jamais je n'en avais vu jusqu'à ce jour. Des pieds au talon trop aplati, aux orteils mal alignés et trop espacés, laissant des ouvertures disgracieuses, provoquent une sensation aussi déplaisante qu'une vilaine figure. Or, le talon d'O-Fumi-san était agréablement charnu, les cinq orteils accolés traçaient une sorte de m, formant un alignement aussi parfait qu'une rangée de dents bien plantées. Ces doigts de pied étaient si joliment agencés qu'ils semblaient découpés dans du shinko (1). Mais ces adorables ongles qui se trouvent à chacune de leur extrémités, à quoi devrais-je donc les comparer ? Je serais tenté de dire qu'ils ressemblaient à une rangée de pièces de go, mais ils avaient plus de lustre et de brillant, tout en étant beaucoup plus petits. Un artisan ingénieur aurait peut-être obtenu un résultat d'une somptuosité comparable s'il avait découpé et poli la nacre de l'huître perlière et, après l'avoir effilée, l'avait plantée dans le shinko à l'aide de petites épingles. A chaque fois qu'il m'est donné d'admirer pareilles beautés, je me dis en aparté que le créateur manque grandement d'équité dans ses différentes réalisations d'êtres humains. Les ongles "poussent" chez l'homme comme chez les animaux. Mais ceux des pieds d'O-Fumi-san semblaient "incrustés". C'était bien cela : chacun de ses orteils était pourvu d'un joyau. En arrachant de ses pieds les doigts et en les enfilant, on obtiendrait un collier magnifique, digne d'une reine.

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Je ne connais rien aux choses occidentales, mais autrefois les femmes japonaises étaient fières d'avoir de jolis pieds. Les geisha de l'ère Tokugawa ne portaient pas de tabi  (2), même en hiver, tellement elles avaient envie de montrer leurs pieds ! Les clients trouvaient ça du plus grand chic et s'en réjouissaient ; alors que maintenant les geisha se présentent toutes chaussées de tabi. C'est le monde à l'envers quand on songe au passé. De plus, les geisha de nos jours ont de vilains pieds ; pas étonnant alors qu'elles refusent l'enlever leurs tabi, même si on les en prie ! Mais comme cette O-Fumi, avec ses jolis pieds, est une exception, je lui enjoins de ne jamais en mettre.
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Note de l'éditeur

"Il peut paraître étrange de parler d'expression à propos d'un pied, mais pour ma part, je pense qu'un pied n'est pas moins expressif qu'un visage ... Le sien faisait penser à un petit oiseau effrayé qui gonfle ses poumons, replie ses ailes et se prépare à l'envol."
Dans cette nouvelle de jeunesse qui préfigure son chef-d'oeuvre ultime Journal d'un vieux fou, Tanizaki explore la passion fétichiste d'un vieux libertin pour le pied d'une jeune geisha.

A mon humble avis, cette "oeuvre de jeunesse" de Tanizaki est un petit chef-d'oeuvre. Une fois refermé cet ouvrage très court mais aux longues descriptions, on a qu'une envie : contempler les sublimes estampes d'Utamaro !!

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(1) Radis blancs confits dans la saumure et qui servent d'accompagnement au riz
(2) Chaussettes de toile épaisse adaptées à la forme de la geta, chaussure traditionnelle dont l'attache sépare le gros orteil des autres doigts de pied

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03 septembre 2009

Tokyo fashion ...

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Capitale de la mode

Ce n'est pas la première fois que le Japon a ses excentriques : au XVIIème siècle, le grand romancier de moeurs Saikaku évoquait les kabukimono  (ceux qui se contorsionnent), ces flambeurs des rues faisant frémir le bourgeois par leur comportement provocateur et leur accoutrement. Les "petites muses" de Shibuya, en rupture d'image avec la génération précédente, sont moins révolutionnaires qu'on ne peut le penser : dans les années 1920-1930, les moga (modern girl), coiffées à la garçonne, qui dansaient le fox-trot sur leurs talons aiguilles choquaient l'opinion par leur frénésie de vivre l'instant. L'insouciante Naomi du romancier Tanizaki (Un amour insensé), perverse et exhibitionniste, friande de jazz et de flirts, fut si représentative de ce genre de femmes qu'on parlait de "naomisme" pour désigner une génération dite "des sensations sans émotions". Mais la modern girl des années 1920, dont la grande dame de la littérature, la romancière Chiyo Uno (1897-1996), fut une figure emblématique, était aussi porteuse d'idées progressistes : l'émancipation de la femme. La jeune génération d'aujourd'hui, qu'il s'agisse des Shibuyettes ou des jeunes lookés d'Harajuku, n'est ni revendicative ni rebelle. Elle n'est pas habitée par la fureur de vivre à la nippone des "tribus du soleil" des années 1950, ni par les idéaux révolutionnaires des contestataires des décennies suivantes, ou le nihilisme irrévérencieux des punks. Les vingt ans nippons ne contestent rien : ils ont un style. Ne sont-ils que cela ?

Philippe PONS
Extrait de la préface au livre de Ling Fei
"Jeunes Japonais, extravagance des corps"

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Les fameuses shibuyettes ...
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Le style Harajuku, à la limite du cosplay ...
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La demoiselle d'Omote sando a un petit air d'Isabelle Adjani ...
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L'anti fashion victim ... ou tout simplement une adepte du vintage ...
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"A agir de la sorte, sa garde-robe, en l'espace d'une année, s'accrut dans des proportions considérables. Dans l'impossibilité de ranger tout dans sa chambre, elle (Naomi) accrochait ses robes partout où c'était possible ou les roulait et posait n'importe où. Nous aurions pu acheter une commode ; mais avec cet argent-là nous voulions acheter encore plus de vêtements, et d'ailleurs, nos goûts étant ce qu'ils étaient, il n'était nullement nécessaire de rien conserver aussi précieusement. Elle en avait une quantité, mais aucun qui eût couté cher : de toutes façons, ils étaient vite hors d'usage et il était bien plus commode de les éparpiller en des endroits où nous en avions envie, sans oublier qu'ils contribuaient plus que tout autre chose à la décoration des pièces. L'atelier ressemblait à la garde-robe d'un théâtre ; il y en avait partout : sur les chaises, sur le canapé, dans les coins, même sur les marches de l'escalier et sur la rampe du palier des mansardes - pas un endroit qui n'eût reçu son lot, largué là avec la plus grande insouciance. Ajoutons que Naomi ayant la manie de plaquer les étoffes sur sa peau nue, comme on les lavait rarement, la plupart d'entre elles étaient fort sales.
Un grand nombre de ces accoutrements était taillé de façon si extravagante que seule la moitié environ d'entre eux, sans plus, pouvait être portée au-dehors."


Junichirô TANIZAKI
"Un amour insensé"

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10 juillet 2009

Les "Quatre soeurs" de Junichirô Tanizaki ...

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Publié par Junichirô Tanizaki sous forme de nouvelles de 1937 à 1941 "Quatre soeurs" également publié sous le titre "Bruine de neige" fut interdit au Japon durant la guerre pour manque de patriotisme de l'auteur.

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Note de l'éditeur

Dans une vieille famille de commerçants aisés dont tout le monde connaît le nom à Osaka, quatre filles ont mené une vie luxueuse jusqu'à la mort de leur père. Sa disparition et les changements de vie dans le Japon de l'entre-deux guerres les ont laissées dans une situation financière précaire.
Les deux aïnées sont mariées. Leur destin est tout tracé, mais celui des cadettes ?
... j'arrête là sur la note de l'éditeur, car, bêtement, il résume le livre et dévoile pratiquement la fin du livre ...

A la différence des autres romans de Tanizaki, Quatre Soeurs est un livre serein, qui contient beaucoup de descriptions, un livre de près de 900 pages qui nous invite à prendre notre temps, à contempler la beauté éphémère du temps qui passe. Ce roman se déguste à petite gorgées, comme un thé vert que l'on délecte, assis à l'ombre des feuilles tendres d'un érable dans un jardin zen parfumé par une douce pluie de pétales de fleurs de sakura ...

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"Je regarde les fleurs de Heian s'envoler.
Ces pétales nous laissent le regret d'un printemps qui s'en va,
Je les conserverai en secret dans ma manche."

Un extrait plus long (et des mariages) par ICI ...

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Utamaro "Femmes riant"

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21 juin 2009

Les mariés du Meiji jingû ...

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Le sanctuaire Meiji, situé dans le quartier d'Harajuku, est le lieu sacré shintoïste le plus important de Tokyo. Les dépouilles de l'empereur Meiji (qui règna de 1868 à 1912) et de son épouse y sont conservées.

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Le dimanche au Meiji jingû, c'est le jour des mariages, comme ICI à Nagasaki où je parlais un peu plus longuement de ces cérémonies.

La mariée est généralement vêtue d'un magnifique kimono blanc ou fleuri et porte une coiffe blanche. Le marié, quant à lui, porte la tenue traditionnelle composée du hakana (large pantalon plissé) et du haori, une tunique longue.

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Il existe encore des mariages arrangés au Japon ; on les appelle des omiai. La femme et l'homme, mis en contact par un nakodo (personne qui arrange la rencontre, une femme généralement ...) échangent au préalables des photos et des lettres d'introduction avant de convenir de l'omiai ... cet usage est longuement évoqué dans le magnifique roman de Junichirô Tanizaki "Quatre soeurs" dont je ne résiste pas à publier un extrait ...

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"Sachi ko avait presque oublié comment, à la fin de novembre de l'année précédente, alors que les négociations concernant Segoshi (le prétendant du moment) marquaient le pas, elle avait rencontré Mme Jimba à un croisement de rues dans Osaka. Elles avaient parlé vingt ou trente minutes ; le nom de Youki ko avait été prononcé. Mme Jimba s'était écriée : "Comment, votre soeur n'est pas encore mariée!" Satchi ko lui avait demandé de lui faire savoir à l'occasion si elle connaissait un parti possible, puis elles s'étaient séparées. A ce moment, elle s'imaginait que les négociations regardant Segoshi allaient prendre un tour favorable ; elle avait parlé à Mme Jimba à moitié en plaisant, mais cette dernière avait pris la chose au sérieux. Elle avait demandé par la suite des nouvelles de Youki ko.
La vérité était qu'elle avait négligé d'en parler plus tôt, mais un cousin de M. Hamada Jôkitchi (ce dernier était le directeur de la compagnie des tramways du Kansai) envers qui son mari avait des obligations avait perdu sa femme quelques années auparavant et on lui cherchait une seconde femme ; M. Hamada avait demandé instamment qu'on voulût bien lui signaler une bonne union possible ; il lui avait même joint une photographie.
Mme Jimba avait pensé à Youki ko. Son mari ne connaissait pas personnellement ce monsieur, mais, comme il était recommandé par M. Hamada, aucune erreur n'était possible à son sujet. En tout cas, elle allait envoyer la photo sous pli séparé ; les Makioka voudraient peut être faire une enquête pour avoir des détails ; ils pouvaient se baser sur les renseignements écrits au dos de la photo.

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S'ils jujeaient ensuite que la candidature pouvait être envisagée, Satchi ko n'avait qu'à le lui dire et elle serait toujours heureuse d'arranger une entrevue. Il valait mieux discuter ces sujets de vive voix, mais, comme on avait l'air de presser leurs recherches, elle jugeait bon d'écrire, quoi qu'il advînt. Le lendemain arrivait la photographie.
Satchi ko envoya immédiatement une lettre de remerciements. Elle était très reconnaissante à Mme Jimba de son amabilité, mais elle demandait qu'on lui accordât un mois ou deux pour donner une réponse : Youki ko venait à peine de rompre des pourparlers de mariage. En pensant à ce que pouvait être son état d'esprit, elle jugeait préférable de mettre quelque temps avant de lui parler d'un nouveau projet ; ils voulaient cette fois se donner le temps d'agir avec prudence ; après avoir fait une enquête complète, elle aurait recours à Mme Jimba le cas échéant. Ainsi que Mme Jimba le savaitn Youki ko se mariait tard ; trop d'entrevues s'étaient terminées sans résultat, de sorte qu'elle était vraiment à plaindre. Ainsi écrivait-elle en toute sincérité.
Cette fois ils conduiraient eux-mêmes leur enquête sans précipitation ; si elle était satisfaisante, ils parleraient à la maison aînée, puis à Youki ko."

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14 avril 2009

Itadakimasu ...

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"La cuisine japonaise, a-t-on pu dire, n'est pas chose qui se mange, mais chose qui se regarde ; dans un cas comme celui-là, je serais tenté de dire : qui se regarde et, mieux encore qui se médite ! Tel est, en effet, le résultat de la silencieuse harmonie entre la lueur des chandelles clignotant dans l'ombre et le reflet des laques ...
Tous les pays du monde ont certes dû rechercher des accords de couleurs entre les mets, la vaisselle et même les murs ; la cuisine japonaise en tous cas, si elle est servie dans un endroit trop bien éclairé, dans de la vaisselle à dominante blanche, en perd la moitié de son attrait. La soupe au miso rouge, par exemple, que nous consommons tous les matins, voyez un peu sa couleur, et vous comprendrez aisément qu'on l'ait inventée dans les sombres maisons d'autrefois. Il m'est arrivé un jour, convié à une réunion de thé, de m'y voir présenter du miso, et cette soupe bourbeuse, couleur d'argile, que j'avais toujours consommée sans y prêter attention, je lui découvris soudain en la voyant, à la diffuse lueur des chandelles, qui stagnait au fond du bol de laque noir, une réelle profondeur et une teinte des plus appétissantes.
Le shôyu de même, et surtout si l'on use, comme on le fait dans la région de Kyôto pour assaisonner le poisson cru, les légumes confits ou bouillis, de cette variété épaisse que l'on nomme tamari, cette sauce gluante et luisante gagne beaucoup à être vue dans l'ombre et forme, avec l'obscurité, un accord parfait. De leur côté, le miso blanc, le tôfu, le kamaboko, le gruau de patates, les poissons à chair blanche, bref, tous les aliments blancs ne peuvent être mis en valeur si l'on éclaire l'environnement. Et le riz tout le premier, sa seule vue, lorsqu'il est présenté dans une boîte de laque noire et brillante déposée dans un coin obscur, satisfait notre sens esthétique, et du même coup stimule notre appétit. Ce riz immaculé, cuit à point, amoncelé dans une boîte noire, qui, dès l'instant que l'on soulève le couvercle, émet une chaude vapeur, et dont chaque grain brille comme une perle, il n'est pas un seul Japonais qui à sa vue n'en ressente l'irremplaçable générosité. Arrivé à ce point, l'on se rend compte de ce que notre cuisine s'accorde avec l'ombre, qu'entre elle et l'obscurité il existe des liens indestructibles."

Junichirô TANIZAKI
"Eloge de l'ombre"

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Itadakimasu (littéralement "je reçois"), c'est la formule que l'on utilise traditionnellement au Japon lorsque l'on débute un repas, l'équivalent de notre "bon appétit" national. En cours de repas, si l'on apprécie les mets, il est de bon ton de lancer de petits oishii desu !! (c'est bon).

Je fais partie de ceux qui pensent qu'on apprend beaucoup sur un pays au travers de sa cuisine ... au Japon, à part les sushi et les sashimi, ce fut une découverte, tant sur les marchés où, bien que familiarisée avec l'Asie depuis plusieurs années, j'ai vu tant de mets, de légumes, de produits inconnus, que dans les restaurants et les ryokan (auberges traditionnelles).

La cuisine japonaise est comme le Japon, elle se mérite ...

Quelques plats dégustés l'été dernier au ryokan de Beppu. Il y a beaucoup de plats froids, la cuisine japonaise étant étroitement liée aux saisons :

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suno-mono - salades vinaigrées raffinées aux algues, méduses, oeufs de poissons nacrés ...

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sashimi - filets de poissons et fruits de mer crus, accompagnés de wasabi, daikon (navet) rapé, feuille de shiso et de sauce de soja

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nigiri sushi - lamelles de poissons et fruits de mer et fine couche de wasabi sur des boulettes de riz, toujours servis avec des fines tranches de gingembre mariné

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buri no teri-yaki - steak de poisson grillé enduit de soja et de mirin (alcool de saké sucré)

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on dirait un nez de cochon, mais c'est du renkon (racine de lotus) servi avec du poisson cuit dans une sauce au soja avec edamame (haricot de soja vert)

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o-suimono  - soupes limpides avec des champignons, du tofu ou des boulettes de poisson

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chawan mushi - flan salé cuit à la vapeur garni de légumes, de fruits de mer, ou de noix de ginko

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sukiyaki - fondue de boeuf et de sansai (légumes de saison) que l'on prépare soi-même sur un petit réchaud

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Enfin, dès que l'on quitte la table et ses hôtes, il est coutume de dire gochisôsama !! merci pour ce repas !!

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28 mars 2009

Kyoto sakura ...

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"Lorsque vint l'époque, on discuta pour savoir quel jour serait le plus convenable pour voir les fleurs dans toute leur beauté. Il fallait choisir un dimanche à cause de Teinosuke et d'Etsou ko. Les trois soeurs avaient peur de la pluie ou du vent, tout comme les anciens, dont Satchi ko avait trouvé jadis les craintes tellement vulgaires. Il y avait bien les cerisiers autour d'Ashiya et on pouvait en contempler un grand nombre par les fenêtres du tramway sur la ligne Osaka-Kobe ; ce n'est pas seulement à Kyoto qu'il s'en trouvait, mais, de même que Satchi ko estimait qu'il n'y avait pas de dorades supérieures à celles d'Akashi, elle s'imaginait qu'elle n'avait pas vu de fleurs de cerisiers si elle n'avait pas contemplé celles de Kyoto.

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Au printemps précédent, Teinosuke avait hasardé que pour changer on pouvait aller au pont de Brocart ; mais, après leur retour, Satchi ko avait eu l'air d'avoir oublié quelque chose ; elle avait l'impression que ce printemps-là n'était pas un vrai printemps ; elle avait pressé Teinosuke d'aller à Kyoto, où ils étaient arrivés encore à temps pour voir les cerisiers d'Omouro. Leur programme habituel était celui-ci : départ le samedi après-midi, dîner de bonne heure au restaurant de la Gourde, puis, après avoir vu les danses auxquelles ils ne manquaient jamais d'assister, en revenant ils contemplaient les cerisiers de Gion aux lumières ; ils passaient la nuit à l'hôtel ; le lendemain, ils allaient à Arashi-yama ; ils consommaient dans une auberge le repas froid qu'ils avaient apporté et rentraient en ville l'après-midi pour voir les cerisiers du temple de Heian.

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Alors Etsou ko s'en retournait avec ses deux jeunes tantes, laissant Teinosuke et Satchi ko passer encore une nuit à Kyoto. Ainsi se terminait l'excursion. Satchi ko laissait pour la fin les cerisiers du temple de Heian parce qu'ils étaient les plus beaux de l'ancienne capitale ; leurs fleurs étaient les plus splendides."

Junichirô TANIZAKI
"Quatre soeurs"

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"De nos jours, nombreux sont encore à Kyoto les monastères avec des jardins de pierres.
Parmi les plus célèbres, figurent ceux du Saihô-ji, du Pavillon d'Argent, du Ryôan-ji, du Daitoku-ji, du Myöshin-ji. Mais le plus renommé de tous est celui du Ryôan-ji dont on dit, non sans raison, qu'il incarne l'essence de la philosophie et de l'esthétique zen. Nul autre jardin de pierres ne saurait se mesurer à ses célèbres arrangements de rochers.

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Comme à l'ordinaire, le visage de Keiko était éclatant de jeunesse : "Pourtant, ce ne sont que des pierres ? Peut-être y voyez-vous de la puissance, ainsi qu'une certaine beauté dans cette mousse qui les recouvre, mais les pierres sont des pierres ..."
Keiko repris : "Je me souviens d'un haïkaï de Yamaguchi Seishi où il était question de regarder la mer du matin au soir, jour après jour, puis de retourner à Kyôto et de comprendre enfin la signification d'un jardin de pierres."

Yasunari KAWABATA
"Tristesse et beauté"

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Mille mercis à Pascale de m'avoir offert ces superbes photos prises à Kyôto en avril 2008 ... seule la première a été faite chez moi, loin, cette année encore, des sakura de Kyôto ... mais je suis persévérante et ne désespère pas de participer à l'Ohanami 2010 ....

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